John Dee Celeste, Bythos, Nattverd, Thus
Lamentari : Groupe de death/black metal symphonique danois, Lamentari est encore à ce jour non signé sur un label. Ceci dit, au vu de la prestation de ce jour, il semble évident que cela ne saurait tarder. Quelle maturité ! Quel niveau ! On note la virtuosité du guitariste soliste Emil Holst Partsch, aux influences classiques, et on apprécie le look d’inspiration Nosferatu du chanteur Daniel Lønberg. Rien à dire, tout ça a de la gueule !
Après les quelques premiers titres, les musiciens tombent les masques et les cagoules pour dévoiler des corpse paints du plus bel effet. Enfin, le dernier morceau commence en acoustique pour ensuite laisser progressivement la place à une montée en puissance électrique, comme un genre de ballade black metal, si l’on peut dire… Lamentari reçoit l’approbation évidente du public qui commence à peupler la salle. À revoir de tout urgence ! [Oli]
Thus : Sur la scène John Dee, Thus nous présente un death/thrash en bonne et due forme, doté d’un niveau d’agressivité optimal. Ce jeune groupe danois se produit aujourd’hui en Norvège pour la première fois, montre une belle détermination à convaincre, et y parvient sans peine. Le chant est relativement grave et guttural dans un registre peu éloigné de celui de Chuck Billy (Testament) ou de Phil Anselmo (Pantera), avec un timbre un peu moins bas toutefois. Ni tout à fait old school ni vraiment moderne, la musique de Thus, propulsée par des riffs toujours puissants, voire par moments écrasants, et des soli pertinents, est à même de plaire au plus grand nombre, sur scène comme sur disque. Encore un nom à retenir ! [Oli]
Schammasch : Schammasch comptait parmi les formations dont j’avais le plus hâte de découvrir la performance scénique à l’Inferno 2025, son écoute préparatoire ne m’ayant pas laissée indifférente. Coupons d’emblée court à tout suspense : mes premiers moments dans le pit, au plus près du groupe, me mènent à comprendre que je n’en sortirai pas indemne. Classable de prime abord dans la grande catégorie du « black metal encapuchonné avec masques en option », Schammasch n’a pas de mal à prouver qu’il est bien plus que cela. Revendiquant son appartenance à la branche avant-gardiste du genre, le quintet originaire de Bâle en Suisse allemande illustre son propos par un style musical qui, pour le résumer grossièrement et à défaut de meilleurs termes, semble issu d’une rencontre du troisième type entre black metal et Killing Joke, pour ne citer que la référence la plus prégnante. Le son est dense à l’extrême, courtoisie de trois guitares à huit cordes, dont la présence d’aucune n’est superflue, d’une basse qui en compte cinq, d’une batterie dont les vibrations se répandent dans le sol et de micros chargés en réverbération. Au-delà d’un simple concert, c’est à un véritable rituel cérémoniel qu’assiste le public de l’Inferno, dont l’atmosphère captive tout aussi bien qu’elle suscite une forme de malaise. Schammasch ouvre les portes vers une dimension parallèle sans pour autant prendre le public par la main pour lui en faciliter l’accès, et il apparaît clair qu’il faut s’accrocher à ce que l’on peut pour ne pas rester sur le carreau… y compris lorsque vient le moment du retour sur Terre. Une fois dans la dimension Schammasch, il devient en effet tout aussi compliqué de la quitter, et plus dure sera la chute à la sortie ! Un voyage qui prend de court et malmène ses passagers, mais en vaut plus que largement la chandelle.
Nattverd : Pas grand chose à dire si ce n’est que les Norvégiens de Nattverd proposent un black metal à penchant thrash de crapules, efficace en diable — sans jeu de mot. Ce groupe respire la malfaisance et suinte le dégoût par tous ses pores. Et c’est génial ! [Oli]
Naglfar : Retour au Rockefeller, où l’ambiance générale ne change pas vraiment avec Naglfar. Ces représentants du black metal mélodique suédois nous écrasent avec la puissance d’un rouleau compresseur, bien aidés en cela par le chanteur Kristoffer W. Olivius, qui affiche une belle endurance. Un léger côté pagan ou viking par instants n’est pas désagréable mais reste assez dilué dans un ensemble peu original mais très efficace. [Oli]
Bythos : Après le passage du rouleau compresseur Naglfar, le set de Bythos, qui suit du côté John Dee, prend l’allure d’une pause — presque — relaxante au milieu de cette dernière ligne droite au rythme en montagnes russes. Issu de la scène black metal finlandaise, le groupe lui fait honneur en interprétant une musique sombre, lourde et froide, qui s’apparente en bonne partie au doom/death mélodique portant les accents du pays. Les morceaux sont assez longs et le rythme globalement moyen, restant constant de l’un à l’autre, tout comme les structures et l’exécution… un peu trop constant, même, ce qui finit fatalement par donner l’impression d’avoir vite fait le tour de ce que le groupe a à proposer. Le son rêche des guitares désamorce heureusement quelque peu cette impression de linéarité, de même que la voix éraillée et basse du frontman M.S, plutôt atypique pour un groupe de black. En parlant de M.S, ce dernier livre une performance très investie qui passe par une gestuelle et des expressions marquées. Il en est de même pour ses comparses musiciens… du moins, de ce que je parviens à percevoir lors des quelques moments où leurs visages sont visibles ! Fait assez rare et amusant pour être souligné, Bythos peut se targuer d’être un groupe quasi-exclusivement composé d’hommes chauves, à un batteur près… Ce détail laissé de côté, sa prestation, malgré le professionnalisme et l’engagement des musiciens, ne me laisse pas un souvenir impérissable.
Tsjuder : Riffs tranchants et blasts incessants : la violence pure. Le set de Tsjuder ne se résume cependant pas qu’à cela et se divise en deux parties. Si la première nous offre une nouvelle rasade de black metal très couillu, la seconde est à déguster de bout en bout avec le plus grand intérêt. En effet, la setlist est constituée de six reprises de Bathory, le groupe vénéré par excellence pour son influence sur la scène black metal scandinave, avec Frederick Melander à la basse, qui officia au sein de… Bathory de 1983 à 1984, le temps d’enregistrer Sacrifice et The Return of the Darkness and Evil pour le split Scandinavian Metal Attack (1984) sur lequel Bathory partageait le sillon avec Oz, Trash, Spitfire et Zero Nine. De ces deux titres, le premier se retrouvera ensuite, la même année, sur le premier album éponyme du groupe, et le second, un an plus tard, sur The Return…… Ce soir, ils sont joués au début de cette seconde moitié de concert, puis suivent Woman of Dark Desires, Satan My Master, Raise the Dead et Born for Burning. Un moment magique, tout simplement. [Oli]
Celeste : Second représentant de la France à l’affiche de cette année après Seth, Celeste est aussi celui de Lyon. Autant dire, alors, que c’est alors un double élan patriotique qui me donne la motivation d’affronter une dernière fois les conditions photographiques compliquées de John Dee. Si je ne cache pas être fière de voir mes concitoyens se faire connaître et se produire à l’international, je ne cache pas non plus qu’ils ne me rendent pas la tâche facile — pour parler en euphémismes ! Affirmer que l’ambiance est sombre en semble un aussi, le groupe ne laissant pas entrer la lumière, au sens propre comme au figuré. Le style, mêlant blackened sludge et post-hardcore, est porteur de thématiques lourdes et graves, parmi lesquelles les violences domestiques. Du point de vue du langage scénique, cela se traduit par un son du même acabit — particulièrement au niveau de la basse — et, au niveau visuel, par une direction artistique oscillant entre quasi-absence d’éclairage et lumières rouges monochromes figurant du sang, éclairage que vient compléter une épaisse couche de fumée. Avec Celeste, tout n’est que noirceur, nihilisme et désespoir ; et cela, nul besoin de maîtriser la langue de Molière pour le comprendre. Du moins tel est le cas pour les spectateurs présents ce soir, chez qui la catharsis bien connue des fans les plus fidèles du groupe produit son effet. En outre, et peut-être est-ce lié au fait qu’ils jouent face à un public qui ne les connaît que peu, les musiciens tentent une petite interaction non-verbale avec les gens en les incitant à taper dans les mains… Je reconnais me laisser surprendre par ce mini-élan communicatif, différent de la distance à laquelle Celeste a habitué son public français ! Malheureusement pour lui, le quatuor pâtit du créneau horaire le plus désavantageux du running order, la majorité des spectateurs ayant pris de l’avance pour voir Behemoth, ce qui fait qu’il se retrouve à jouer devant un public clairsemé. La fumée envahissant l’espace clos de John Dee n’aide pas non plus, finissant par devenir étouffante — sérieusement, qui a eu l’idée de fermer la porte vers les escaliers ? — et, devant moi aussi prendre de l’avance pour shooter la tête d’affiche, je ne peux rester longtemps avant de remonter. J’aurai tout de même eu la satisfaction de reconnaître quelques extraits des productions récentes de Celeste que sont l’album Assassine(s) et l’EP Épilogue(s), ainsi que de tirer quelques images fortes, comme le groupe en offre à chaque fois.
Behemoth : Pyrotechnie, mise en scène spectaculaire et death/black massif : le groupe de Nergal offre une conclusion grandiose au festival. Voilà un résumé à la fois très concis et objectif du concert de clôture de Behemoth à l’Inferno 2025. Pourtant, sans être réfractaire et sans nier les qualités intrinsèques à la musique du groupe, je n’accroche pas vraiment à ces compositions touffues, souvent complexes, et brutales à la fois. Comme si la musique véhiculait trop d’informations en même temps… ce qui fait que je sature.
En dépit de cela, ce soir, Behemoth a convaincu un sceptique. Est-ce grâce à la théâtralité du show, aux tenues incroyables de Nergal, à la mise en scène ? En d’autres termes, le visuel prend-il le pas sur la musique, au point que celle-ci en deviendrait secondaire ? Certainement pas, mais cela tend à démontrer que le metal extrême, au même titre que n’importe quel style de musique, peut être magnifié et appréhendé différemment lorsqu’il devient sujet à une certaine démesure.
Difficile de clore un festival sur une note plus magistrale ! [Oli]




