Préambule : Suite à des soucis techniques, il n’a pas été possible de diffuser la vidéo de l’interview. Nous nous sommes donc rabattus sur la transcription capturée par téléphone.
Salut les gars, comment allez-vous ? Laurent et Marc de Metal Alliance, webzine metal francophone. Tout d’abord, merci de prendre un peu de votre temps pour discuter avec nous !
Jalil : Ça va super, merci, on se réjouit d’être là !
Mathieu : Ça va bien, merci.
Alors, première question très originale, comment est né le projet Monkeys on Mars ?
Jalil : Eh bien, Monkey3 et Mars Red Sky se côtoient depuis de longues années sur la route. Nos deux groupes ont changé de label très récemment, à peu près au même moment, et on a vu ça comme une opportunité de faire des choses ensemble. Donc le projet s’est construit sur cette idée.
Vu que vous aviez déjà tourné ensemble, est-ce que vous vous êtes dit à un moment, on va partir sur un projet entre nos deux groupes ? Est-ce que ça s’est fait naturellement ?
Mathieu : Oui, absolument naturellement, c’est-à-dire qu’on s’est dit que ça serait bien de faire des dates ensemble et puis un moment tu te dis que ça pourrait peut-être aller plus loin dans la démarche. On ne se l’est jamais dit en ces termes-là, mais en y pensant, on est des groupes qui avons entre quinze et vingt ans d’existence et un peu comme dans un couple, c’est peut-être une manière de se donner de l’air. Et autant le faire avec un seul musicien, c’est une chose, autant le faire avec un groupe entier, c’est encore une autre démarche. T’apprends à voir comment l’autre travaille, ce qui est peut-être assez différent de ta manière de faire et c’est super enrichissant. Et là, je trouve que ça donne de l’air à tout le monde, ça fait une belle connexion humaine. Bosser à trois, des fois, c’est pas toujours facile, alors bosser à sept ça demande de faire un peu de compromis. Et ce n’est pas un gros mot, et ce n’est pas de la frustration, bien au contraire. Mais tu vois, un truc drôle, car ça s’est fait de manière empirique, mais on s’est demandé comment on allait tous se placer sur scène pour que eux (Monkey3) puissent faire leur truc et nous (Mars Red Sky) aussi. La première date qu’on a partagé ensemble, c’était à Nancy, je les vois et je me rends compte que leur batteur (Walter) est légèrement décalé et du coup l’implantation de Mars Red Sky s’intègre parfaitement dans l’implantation de Monkey3. Donc ça, c’était déjà un problème de réglé.
Alors justement, je rebondis sur ce que tu disais : vous êtes des groupes avec quasiment vingt ans au compteur, vous avez vos méthodes de travail, vos méthodes de composition. Comment s’est déroulée la mise en œuvre de l’EP ?
Jalil : De façon très pragmatique, chaque groupe a composé un morceau (NDLR : l’EP contient deux morceaux) et on a partagé tous les fichiers, toutes les données, toutes les idées pour que tout le monde puisse participer. Donc, en fait, il y a toujours eu une idée de base formée par un des deux groupes et, dans les deux cas, elles ont été faites dans l’idée d’amener des personnes en plus sur la composition. On a également réfléchi à laisser de l’espace pour que chacun puisse se projeter le plus possible.
J’ai pu écouter l’EP, que j’ai découvert sur Bandcamp, et en fait c’est vraiment sympa parce que ça sonne vraiment comme une fusion des deux groupes. On retrouve des gimmicks de Mars Red Sky comme de Monkey3 et ça se mélange super bien, c’est vraiment super abouti en fait. Cette alchimie s’est faite naturellement ou c’est, comme tu expliquais, le fait d’avoir laissé de l’espace sur les compos ?
Jalil : Je dirais que ça c’est fait très naturellement dans le feeling et dans la composition. Après, à titre personnel, ce qui me satisfait le plus, c’est qu’une oreille attentive entendra un peu de chaque groupe dans ces deux morceaux. Mais, à mon avis, le mélange des deux ne sonne ni comme un groupe ni comme l’autre.
Ok, j’ai vu que vous allez tourner beaucoup en 2026 avec Monkeys on Mars. Vous avez déjà des idées pour plus tard ? Peut-être un album après l’EP ?
Mathieu : De mémoire, on va faire vingt-cinq dates en deux mois en 2026 : on va passer beaucoup de temps ensemble, on va discuter, on va jouer, et je pense que la formule live va évoluer. On ne peut pas le dire avec certitude, mais je pense que tout le monde a en tête de composer, ou faire un chapitre 2. Moi, ça ne me paraît pas fou de penser à ça. Après on ne s’est pas du tout concerté mais il ne faut pas non plus abuser des bonnes choses comme on dit, on ne va pas s’amuser à faire ça tout le temps, pour nous comme pour le public. Je pense qu’il faut que ça reste exceptionnel. Après ce qui est bien aussi, c’est qu’avec cette formule là, on a une contrainte technique, on est nombreux sur scène, on a besoin de salles relativement bien équipées. Et de cette contrainte, on en fait une force, car on est obligé de sélectionner les endroits où on va jouer.
Jalil : On a besoin de mettre deux batteries sur scène, beaucoup d’amplis, un clavier et idéalement aussi on projette des choses. D’un point de vue logistique, on a effectivement des contraintes assez importantes.
Alors justement j’ai une question concernant les deux batteries : à l’oreille, je n’ai pas réussi à savoir si lest deux batteries jouaient en même temps ou pas, mais sur scène comment vous allez gérer ça ?
Mathieu : Quand tu joues à deux batteries, tu as plusieurs possibilités : soit tu cherches à lisser avec des textures différentes, avec, par exemple, une batterie avec une caisse claire aiguë, et l’autre avec une caisse claire médium ou sinon tu peux aussi chercher la complémentarité avec des effets de délai, en questions-réponses, si on veut. Pour l’instant, on est resté sur ces deux grandes bases et c’est déjà pas mal comme ça mais, à terme, on va affiner nos interactions, et ça va sans doute évoluer. La bonne nouvelle en tout cas, c’est que ce n’est pas toujours évident de jouer à deux batteries, mais que nos groupes s’assemblent bien. On a la chance que ça marche bien entre nous, et, personnellement, je prends un grand plaisir à ça.
Je reviens sur vos groupes respectifs : côté Mars Red Sky, votre dernier album Dawn of the Dusk est sorti en 2023, et côté Monkey3, c’était Welcome To The Machine en 2024. Est-ce que vous avez déjà des plans pour un nouvel album de part et d’autre ou là c’est vraiment une parenthèse dédiée à Monkeys on Mars et vous verrez par la suite ?
Jalil : En ce qui concerne Monkey3, on pense déjà à la suite. Sans préciser le timing, on a envie de composer de nouveaux morceaux. Mais ça ne sera pas pour tout de suite parce qu’on a quand même un gros agenda, jusqu’à l’été prochain en tout cas. Mais effectivement, c’est une envie qu’on va concrétiser relativement prochainement. On a aussi changé de booker récemment, en l’occurrence DoomStar, donc ça sera aussi l’occasion pour nous de mettre du matériel neuf entre ses mains.
Mathieu : Je réfléchissais à ça et je pense que ça tombe idéalement cette collab, car ça nous remet le pied à l’étrier en termes de compos. Je ne dirai pas qu’on est lent sur le travail de composition, car une fois qu’on est lancé ça va vite, mais on a besoin de temps quand même, et hors tournée. Là, on est en fin de tournée d’album, par rapport à sa sortie en 2023, donc ça paraît logique qu’on s’y remette après l’émulation Monkeys on Mars. Fin 2026, ça ne paraîtrait pas déconnant pour le travail de compo mais aucune idée d’une date de sortie, pour être franc.
Ok, très bien ! J’aimerais bien avoir votre sentiment en tant que musicien sur l’évolution du marché de la musique depuis l’émergence des plateformes de streaming. Est-ce que c’est quelque chose qui a eu un impact positif pour vous ou pas du tout ?
Jalil : C’est un sujet très vaste ! Mon avis personnel, au-delà de celui de mon groupe, est que c’est quelque chose qui m’effraie, je ne vois pas ces choses-là d’un bon œil. Je ne fais pas partie de ces générations qui consomment la musique comme ça, ça vient sans doute de l’âge j’imagine. C’est quelque chose que je connais mal, mais c’est vrai que je vois d’un assez mauvais œil la consommation rapide de l’art de manière générale. Alors il y a sans doute plein d’aspects positifs très certainement, mais moi j’aurais toujours une préférence à sortir un album physique de son packaging, à savourer chaque détail, que ce soit au niveau de l’esthétique de la pochette, de la qualité du son ou de la proposition musicale en général. Après, ce que je vois qui est vraiment effectif, c’est l’impact au niveau financier que ces choses-là ont sur la musique. Je pense qu’on vit une période compliquée où il va falloir se réinventer, trouver des nouvelles façons de travailler pour que ça ne soit pas trop critique parce que je pense que ça a un impact assez violent sur la musique en général et surtout ça évolue très très rapidement.
Tout à fait.
Jalil : On écoutait il n’y a pas longtemps de la musique créée par IA donc voilà, c’est tout un sujet. Jusqu’à quand y aura-t-il des gens sur scène ?
Tout le temps j’espère !
Jalil : J’espère également. J’espère. C’est une vaste question !
C’est pour ça que je l’ai gardé à la fin.
Mathieu : Je pense quand même que nos deux groupes ont la chance d’être dans une niche musicale où les gens achètent encore de la musique physique, avec ce côté un peu alternatif de passionnés, de fans au sens noble du terme. Qui savent qu’acheter un vinyle chez nous sur le merch ou un t-shirt, c’est une action de support. C’est assez intéressant, et je trouve qu’on a de la chance de pouvoir continuer à faire ça. Après, je vais me faire un peu l’avocat du diable, mais pour Mars Red Sky, on a eu la chance assez rapidement de tourner à l’international, genre en Amérique du Sud, en Russie, en Ukraine, en Europe, et d’aller dans des endroits où on n’avait jamais pensé aller. Et à mon avis c’est peut-être grâce au téléchargement illégal et grâce aussi aux plateformes d’écoute que des gens nous ont découvert. Je pense que ça nous a peut-être aidés à avoir une certaine visibilité. Tout n’est pas mauvais dans les plateformes, mais, par contre, la rémunération des artistes est à zéro. Il y a un vrai problème mais je pense que c’est peut-être un problème un peu plus large que ça, lié au capitalisme en général. J’avoue que moi, j’ai une collection de disques assez importante mais en ce moment j’écoute beaucoup de choses sur Spotify, et je découvre pleins des trucs qui m’amènent des fois à acheter des albums. En tant qu’auditeur, j’utilise ces plateformes-là. Donc, il y a un paradoxe entre la vision du musicien et entre la vision de l’auditeur. En tout cas, c’est une question compliquée, mais très intéressante et on n’a pas de réponse définitive à ce sujet.
Merci beaucoup les gars ! J’ai une toute petite question bonus, vraiment super rapide. Vous découvrez une machine à voyager dans le temps, disons une Dolorean qui fonctionne par bond de cinquante ans : vous choisissez de partir cinquante ans dans le passé, en 1975, ou cinquante ans dans l’avenir, en 2075 ?
Jalil : Réponse personnelle, ça serait cinquante ans dans le passé pour la musique et pour l’amour des choses que je connais, mais pour la curiosité, ça serait cinquante ans dans l’avenir clairement.
Mathieu : Pareil, pour les mêmes raisons !
Eh bien merci encore d’avoir passé du temps avec nous !
Jalil : Avec grand plaisir.
Mathieu : Merci à vous !




