Tout d’abord, salutations et merci beaucoup d’avoir accepté cette interview, c’est un honneur. Je voudrais rapidement redevenir dans le temps et explorer la genèse de Lömsk. Comment le groupe est-il né et aviez-vous déjà de l’expérience dans des groupes précédents ?
Lömsk : Merci beaucoup de nous interviewer, c’est un plaisir.
Lömsk a commencé avec moi (bassiste et chanteur) et notre guitariste lead. Nous voulions tous les deux créer un groupe dans le but d’écrire du black metal puissant et jouer quelques concerts par année. Nous avons débuté en enregistrant des démos avec lesquelles nous avons commencé à chercher d’autres musiciens qui partageaient la même énergie et la même vision. Ces premières compositions ont éventuellement évolué pour devenir l’EP Act I.
Nous avons tous grandi en jouant dans différents groupes de metal – à succès variable. A travers ces expériences, nous avons appris énormément, et maintenant nous apportons toutes ces connaissances dans Lömsk.
Le 6 mars, vous sortez votre tout nouvel (et premier) album, Act II – Of Iron and Blood, via Vendetta Records, et il s’agit d’un vrai chef-d’œuvre, alors parlons-en. Quand l’album a-t-il été composé et enregistré ? De plus, avez-vous des anecdotes concernant ce long processus ?
Lömsk : C’est gentil, merci. Nous avons longtemps attendu le bon moment avant de sortir Act I, ce qui nous a laissé pas mal de temps pour nous remettre à écrire. Quand nous avons réalisé que Act I recevait beaucoup plus d’attention que ce à quoi nous nous attendions, nous avions senti que c’était le bon moment pour battre le fer tant qu’il était encore chaud. Ainsi, nous avons passé en revue toutes les idées de morceaux que nous avions accumulées durant cette période et sélectionné ceux qui résonnaient le plus avec nous, ceux que nous pouvions assembler en un album cohérent. Ce processus éventuellement fini par former ce qu’est devenu Act II – Of Iron and Blood.
La préproduction a commencé à ce moment-là, début 2025. Le but était d’avoir l’album prêt pour le sortir début 2026, et on y est. Ça a été une longue année, difficile et parfois stressante, mais se trouver enfin sur la ligne d’arrivée démontre que ça valait la peine.
Considérez-vous Act II comme une continuation directe de Act I, ou est-ce qu’il s’agit d’un projet tout autre, d’une intention différente ? Je serais tenté d’opter pour l’hypothèse de la continuation car vous ramenez la mélodie de Spetälsk sur le morceau Chimaera — un superbe clin d’œil à Act I d’ailleurs — et la structure des chansons est plus ou moins similaire, mais poussée plus loin.
Lömsk : On attendait que quelqu’un remarque cette référence, bien vu, t’es très attentif !
Act II est clairement une continuation de ce que nous avions commencé avec Act I. Ce n’était pas initialement le but, mais ça a naturellement évolué dans ce sens. La connexion entre les deux sorties s’est passée de manière organique, et revisiter des motifs comme la mélodie de Spetälsk semblait un moyen naturel de pousser cette histoire et cette atmosphère plus loin.
Alors que Act I semblait parler de l’après-guerre, j’ai l’impression que Act II présente une chronologie complète de la guerre et de l’état mental d’un soldat qui la traverse, depuis les discours galvanisants jusqu’à la réalisation de l’horreur de la guerre — en interprétant le titre Of Iron and Blood comme un résumé littéral de ce qu’est la guerre. Est-ce que l’album a été initialement conçu comme un concept album ou s’agit-il d’une simple coïncidence ?
Lömsk : De nouveau, t’es très attentif ! C’est plus ou moins ce que nous avons essayé de transmettre avec la version finale de l’album.
La réponse compte plusieurs facettes. Au début, le but n’était pas de faire un concept album. Cependant, au fur et à mesure que j’écrivais les paroles et que nous finissions les morceaux, une histoire a naturellement commencé à émerger — un soldat qui se prépare à la guerre, traverse les tranchées, vit directement l’horreur du combat, et éventuellement ressort de l’autre côté, incertain de quoi penser de tout cela. À la fin, ce narratif est devenu le fil rouge de Act II, même s’il n’était pas initialement prévu.
Musicalement, quelles sont vos principales inspirations ?
Lömsk : Nous sommes attirés par le son cru mais mélodique à la fois de la deuxième vague de black metal norvégien, c’est avec cela que nous avons grandi. Au fil du temps, de nombreux groupes nous ont aussi influencés. Par exemple, Deathspell Omega avec cette dissonance et ces compositions complexes, ou Funeral Mist avec cette agression pure, cette frénésie et cette incroyable voix, pour en nommer quelques-uns.
Sauf erreur de ma part, je ressens dans votre musique une sorte de sensibilité pour la mélodie et les parties qui claquent au milieu de tout ce chaos et de cette dissonance caractéristiques du black metal. Act II sonne cru et froid, mais en même temps conserve cette touche épique et mélodique. Alors, à quel point vous sentez-vous connectés à vos racines suédoises et nordiques, surtout en étant originaires de Göteborg ?
Lömsk : Tout comme la scène du death mélodique qui a émergé de Göteborg, nous sommes également influencés par le heavy metal des années 80. En effet, nous essayons d’incorporer cette sensibilité mélodique dans notre musique, mais nous faisons attention à ne pas en abuser, nous voulons préserver cet aspect cru et intense du black metal tout en permettant à ces moments épiques et mélodiques de ressortir clairement.
Act II étant un album de plus de 45 minutes, j’ai l’impression que vous étiez enfin capable de vous exprimer sur un format plus long qui permet de jouer avec les contrastes entre blasts terriblement rapides et bridges lents et atmosphériques, accélération et décélération, entre l’agressif et l’épique, mais en poussant ce son encore plus loin. Est-ce une décision délibérée ou une évolution naturelle ?
Lömsk : Je pense que cela s’est passé naturellement. Notre son et notre composition sont en constante évolution, tentant de construire un espace et une identité qui soit vraiment les nôtres. Il s’agit d’un processus infini et nous continuerons d’explorer, de pousser encore plus ces contrastes dans le futur.
Vous avez une direction artistique très forte — avec les costumes que vous portez, vos clips vidéos et vos couvertures d’albums — ainsi qu’une thématique bien définie. Puisque la guerre est un concept très vaste, pourquoi avez-vous choisi ce sujet et qu’est-ce qui vous inspire en terme de paroles ou de thématique ?
Lömsk : La guerre renvoie une image tellement puissante et évocatrice, elle est porteuse d’intensité, d’émotion et représente les extrêmes de l’expérience humaine. Ce choix thématique n’était pas évident au début, il s’est développé organiquement alors que nous composions et explorions des idées. En terme de paroles et de musique, nous sommes attirés par des sujets qui nous permettent de réfléchir sur la nature humaine, les conflits et l’impact psychologique de circonstances extrêmes. Cette approche nous donne beaucoup d’espace pour constituer une atmosphère, un narratif et un certaine identité visuelle, c’est pourquoi elle s’accorde si bien avec notre musique et l’esthétique plus générale de Lömsk.
Toujours à ce sujet, y a-t-il des motivations politiques derrière votre musique ou vos paroles ? Et selon vous, quelle utilité le sujet de la guerre peut-il avoir de nos jours ?
Lömsk : De nos jours, beaucoup de choses semblent politisées, mais pour notre part, nous ne revendiquons pas d’idéologie ou d’agenda politique derrière nos paroles. Ce que nous faisons, c’est transmettre des idées, des réflexions et des observations, parfois avec une touche satirisante ou sombre quant à la vision du monde. Les paroles sont intentionnellement vagues et obscures pour le public puisse les interpréter à sa façon, sans que nous imposions nos propres valeurs ou opinions.
La guerre est évidemment un sujet très connoté, pourtant il est toujours pertinent, même de plus en plus. Cela nous permet d’explorer la nature humaine et ses conflits — c’est quelque chose qui résonne au-delà du temps et reste d’actualité.
Ce mois-ci vous embarquerez en tournée européenne avec Gorgoroth, accompagnés également de Patristic et Tyrmfar. De quoi vous vous réjouissez le plus durant cette tournée, à part jouer avec de telles légendes ?
Lömsk : Pour nous, il s’agit d’une expérience incroyablement excitante. Nous nous réjouissons particulièrement de jouer ces nouveaux morceaux en live et voir comment le public réagit. C’est aussi très cool de jouer dans des pays et salles où nous n’avions encore jamais mis les pieds. Cette tournée promet d’être une expérience géniale pour nous en tant que groupe, à la fois sur la scène et hors de celle-ci.
Finalement, quelque chose que je demande à la fin de chaque interview : pourriez-vous me dire vos quatre albums de black metal préférés ?
Lömsk : C’est une question difficile, mais j’essaierai.
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Misþyrming – Með hamri
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Arckanum – Kampen
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Deathspell Omega – Si monvmentvm reqvires, circvmspice
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Funeral Mist – Salvation
Ce sont tous des albums qui ont eu énormément d’impact sur nous, que ce soit à travers leur atmosphère, leur intensité, ou la façon dont ils poussent le black metal en terres inconnues.
Merci infiniment pour cette interview. Avez-vous un mot de conclusion pour nos lecteurs ?
Lömsk : Merci pour cette interview ! Nous voudrions inviter tout le monde à écouter Act II – Of Iron and Blood. Nous espérons que vous l’apprécierez, et merci beaucoup d’avoir pris le temps de lire cette interview, votre soutien compte beaucoup pour nous !




