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L’album commence avec Fires of the Apocalypse, Light My Path I, un morceau très mélodique et puissant, qui met en perspective toutes les similitudes et différences entre le black metal norvégien et celui venant des USA, mais on en reparlera plus loin. Ce qui mérite déjà d’être dit, c’est que le son est excellent et très propre. Dans la continuité, Fires of the Apocalypse, Light My Path II propose une agressivité contrôlée par intermittence. La violence ne prend jamais le pas sur la mélodie, elle l’accompagne et la sublime. Une voix féminine vient également appuyer certains passages plus planants. C’est fait avec beaucoup de goût et de finesse, rajoutant une certaine profondeur à une musique déjà introspective par nature. La dernière partie de cette trilogie, Fires of the Apocalypse, Light My Path III, suit la même dynamique que les autres. Elle est, néanmoins, plus sombre et plus mélancolique, c’est une atmosphère que le groupe maîtrise à la perfection. Elle donne l’impression de naviguer à l’aveugle sur une barque dans une grotte. Ça se voit que le chemin est logique, mais il n’est pas prévisible, ou alors il l’est tellement que cela ne peut pas être aussi évident que cela.
Il était temps : Behold, the Birth of Ascension offre enfin un petit moment de répit avec un début au piano tout gentil. Ça ne pouvait pas durer, le groupe crée une ambiance très sombre, comme une espèce de rituel macabre qui ne peut conduire que dans les abîmes du monde. C’est peu ou prou ce qui attend l’auditeur qui oserait se plonger dans la trilogie suivante : Servants of Darkness, Guide My Way. C’est un peu les montagnes russes , il y a à boire et à manger là-dedans, sans que ça soit un fourre-tout pas possible. Tout est fluide, chaque passage amène son lot d’émotions. Il y a autant des moments très posés avec peu de choses qui se passent, pour un rendu pesant, que d’autres très puissants, presque rebelles. Cette trilogie est construite un peu en miroir, avec un passage central à la guitare sèche qui fait le pont entre une chute d’intensité et une remontée drastique. Pourtant, chaque moitié connaît son lot de rebondissements et d’incertitudes. C’est la force de Necrofier : savoir faire des choses qui paraissent simples, sans être considérées comme trop faciles en faisant un tas de petites choses qui ont un effet « wow » !
La chanson suivante est un intermède à la guitare, Mystical Creation of Enlightenment, permettant de se dégourdir un peu les tympans avant le début de la troisième trilogie de l’album. Horns of Destruction, Lift My Blade I commence à une intensité soutenue mais pas incontrôlée. Le morceau lance en beauté ce dernier gros bloc de l’album. Le seconde est quant à lui beaucoup plus profond, avec une mélodie plus envoûtante que jamais ; celui-ci est très bon avec un excellent dosage entre mélodie à fond la caisse et une touche de brutalité. Cela se prolonge dans la troisième et dernière partie de la trilogie qui débute avec un usage très marqué de chœurs, ce qui lui donne une résonance toute particulière. Peu à peu, leur usage s’estompe, laissant la place à un dernier moment de pure folie avec un passage ultra-violent qui vient submerger un auditeur chauffé à blanc. Pour redescendre en douceur, Transcend Into Oblivion a une dernière piste : Toward the Necrofier. Cette dernière est très calme, posée : elle ne fait pas de vague, ne va pas dans tous les sens. Elle est dans la continuité de l’album, prolongeant l’introspection au-delà de l’écoute.
Musicalement, cet album est juste génial ! Il s’agit d’un condensé de la froideur du black metal norvégien, comme Mork, et une touche plus américaine à la Akhlys. Cependant, il y a aussi une puissance remarquable qu’un amateur de Dissection saurait apprécier.
A mon avis, c’est l’album de la maturité pour Necrofier. Ils ont toujours ce style bien à eux qu’ils ont poussé plus loin, dans tous les domaines. La voix est plus impressionnante, les compos sont plus complexes et les musiciens ont vu leur technicité monter en flèche. Leur album précédent, Burning Shadow in the Southern Night, est bon, mais Transcend Into Oblivion le met à l’amende. Je ne sais pas qui a écrit ces morceaux, mais ils mettent vraiment tous les membres du groupe en lumière à des moments différents, chaque musicien a le droit à son moment de lumière, sans que ce moment soit le seul. Ça sent le travail d’équipe, fait pour durer. Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre qu’ils viennent défendre leur travail sur les scènes européennes.
Alors, elle en est où cette fenêtre ?

