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Lömsk est un quatuor de black metal originaire de Göteborg (Suède) et formé en 2022. Deux ans plus tard, le groupe sort son tout premier EP, sobrement intitulé Act I, un de mes coups de cœur de cette année-là. Avec ses 23 minutes, ce dernier permit de donner un avant-goût des sonorités et inspirations de cette récente formation, mais laissa tout de même de la place à l’expérimentation et l’acquisition d’une identité singulière. Le 6 mars prochain, les Suédois reviennent avec Act II, leur premier album à part entière, et il s’agit d’une véritable démonstration de force. Alors que le premier EP présentait l’après de la guerre, ce nouvel opus nous y plonge entièrement.
Qu’est-ce que la guerre si ce n’est une entreprise futile et mortifère, une machine infernale qui broie et estropie, qui envoie les peuples de tous pays s’entretuer afin d’assouvir les caprices de la classe dirigeante ? En effet, loin des élucubrations glorifiant le combat et le sacrifice de l’individu pour l’Etat-nation, les textes de Lömsk racontent une autre guerre, la guerre telle qu’elle est réellement : violente, boueuse et abrutissante. Fields of Elysium ouvre l’album de manière on ne peut plus grandiose : l’auditeur est appelé à rejoindre les rangs, galvanisé par des promesses de gloire et des visions du paradis, mobilisant l’image des Champs Elysées, le repos des héros et des vertueux dans la mythologie grecque. Le paysage sonore est ample, grandiloquent et puissant, exaltant le départ au combat, la fleur au fusil. Cependant, dès le deuxième morceau, Of Iron and Blood, la réalité s’impose : du fer et du sang, voilà ce qu’est vraiment la guerre. Des riffs acérés, un jeu de batterie agressif et une voix bestiale contribuent à une atmosphère oppressante qui, sur la fin, vire presque à la mélancolie. On est désormais au front, terré dans les tranchées, s’enlisant lentement dans un épais mélange de boue et de sang à mesure que l’illusion s’écroule, laissant place à l’horreur. Le troisième titre, Requiem of Fire, arbore toujours cette ambiance martiale, mais d’une façon différente, davantage ordonnée et littéralement militaire. Le refrain, avec des paroles telles que « Fire ! Fire ! Open up the sky ! […] Split the heavens ! » comme scandées par un commandant en pleine bataille, est terriblement imposant et lourd, frappant l’auditeur tel une obus de mortier en pleine face. Ce côté plus répétitif et groovy fait assurément la force de ce morceau (et de l’album, on en reparlera), et souligne l’aliénation et l’acharnement de la guerre, opiniâtre dans son entreprise de destruction. Le reste de Act II, constituant presque un concept album, raconte d’autres étapes de la guerre : la désertion, le néant existentiel, la rage du dernier assaut, puis le silence après l’ultime bataille.
Lömsk se démarque par un style de black metal assez atypique, avec des morceaux relativement midtempo (tels que Stare into the Void), des mélodies répétitives et une voix growlée plutôt que criée, véritablement magistrale, imposante et quasi bestiale à certains moments. De plus, à certains moments, nous avons droit à des éléments symphoniques, ajoutant une touche épique et terriblement prenante aux morceaux (comme à la fin de Requiem of Fire et Furia). En somme, un black metal groovy, atmosphérique et grandiose, un jeu entre accélération et décélération dont les parties plus lentes et mélancoliques permettent de surélever celles davantage rapides et épiques, similaires au black de deuxième ou troisième vague. On décèle même une petite touche de death mélodique suédois qui transparaît dans l’ADN des musiciens, issus de Göteborg, berceau de ce sous-genre. On ressent en effet dans leurs compositions une certaine sensibilité quant à la mélodie, une habileté à composer des parties qui claquent et des riffs flamboyants au milieu de tout ce chaos et de cette froideur.
Act II représente pour Lömsk une véritable continuation, voire une évolution, tant musicale que thématique. Alors que leur premier EP semblait un tantinet lent, avec des morceaux presque redondants et peu de blasts à mon goût, cet album permet au groupe de montrer ce dont il est capable sur un format plus long, ayant davantage de temps pour poser une atmosphère ainsi que de jouer avec les contrastes et les changements de rythme. Cependant, on retrouve également des éléments et des patterns qui rendaient leur musique spéciale, mais poussés plus loin, tels que l’emploi de bridges plus calmes au milieu de morceaux férocement rapides avant de repartir au quart de tour, comme sur Entropia et Chimaera. Justement, au milieu des riffs chaotiques et dissonants de ce dernier, à ma plus grande surprise, les musiciens ramènent la mélodie du bridge de Spetälsk (du premier EP), un clin d’œil plutôt intéressant démontrant cette continuation entre les deux sorties.
En conclusion, Act II est un superbe album, grandiose, épique et juste assez mélodique, avec lequel le groupe semble avoir trouvé son identité. Tout en maintenant ses inspirations assez visibles, les Suédois ont visiblement raffiné leur son et trouvé une veine de black metal qui leur sied à merveille. De plus, allant à contre-courant de ce que racontent les groupes célèbres au sujet de la guerre, la glorification des combats, l’héroïsation des généraux et l’exaltation du sacrifice, Lömsk (dont le nom signifie « sournois ») en offre une toute autre vision et l’expose comme une entreprise futile, cruelle et trompeuse. Des morceaux ultra énergiques et agressifs, une thématique et une image de groupe fortes, ainsi qu’une production moderne, tout est réuni pour garantir le succès de Lömsk, alors n’hésitez plus à les écouter. D’ailleurs, en fin mars, ils jouent en support pour Gorgoroth avec Patristic et Tyrmfar dans une bonne partie de l’Europe, foncez les voir !
Je tiens également à faire remarquer la magnifique couverture réalisée par Misanthropic Art, vétéran de la scène black metal qui propose toujours de véritables œuvres d’art complémentant la musique.
Morceaux préférés : Fields of Elysium, Of Iron and Blood, Requiem of Fire, Chimaera, Furia.
Saura ravir les fans de : Mgła, Groza, Kanonenfieber, Gaerea (les 2 premières sorties), Non Est Deus, 1914.




