Iffernet
Life at Heart
Genre black/sludge metal
Pays France
Label Vendetta
Date de sortie 20/03/2026
Site Internet

Iffernet est un groupe rouennais de black metal créé en 2018. Leur spécificité : ils ne sont que deux. Alors que N. se tient derrière les fûts, B. délivre les riffs. Autre spécificité : ils sont chacun munis d’un micro et d’un type de chant ou de cri bien particulier. Issus de la scène underground du black/doom de Rouen et du collectif La Harelle, ils officient également dans des groupes comme Sordide, Mör et Malemört qui constituent le cœur battant de la scène de leur ville. Après les albums Iffernet (2019) et Silences (2022) ainsi qu’un split avec Dolpo (2024), Life at Heart est le troisième opus du duo normand, il sortira le vendredi 20 mars via une coproduction entre Vendetta, La Harelle, Breathe Plastic et Fiadh. Ayant vu en avant-première certains morceaux de cet album en décembre 2025 – en ouverture de Sunken – et me réjouissant de les redécouvrir, je me lançai dans cette écoute qui se révélera particulièrement prenante.

Avec Life at Heart, Iffernet semblent continuer dans la voie gravée depuis le début de leur carrière et consolider des bases déjà bien établies. Les Rouennais jouent un black metal cru et primitif, agrémenté de touches de sludge, de punk, de DSBM et de doom, ce qui n’en fait pas un mélange des plus gais, je l’avoue ! En effet, la base de leur morceaux repose – la plupart du temps – sur des riffs tremolo de black metal et une batterie davantage typée sludge/doom, lente et pesante, deux éléments dont le contraste produit un son unique et envoûtant, comme sur le titre Life at Heart où les riffs rapides et vrombissants semblent entrer en collision avec les rythmes de mastodonte délivrés depuis derrière les fûts. A d’autres moments, B. apporte des riffs beaucoup plus lourds et lancinants, voire répétitifs, ce qui, combiné au jeu de batterie imposant de N., donne l’impression à l’auditeur de couler, de s’embourber dans les profondeurs de la condition humaine. Melancholia, par exemple, est de loin le morceau le plus déprimant et contemplatif de l’album, rythmé par les cri perçants du duo ; ici, on est enfoncé la tête la première dans une épaisse boue par un bourreau sans merci.

Justement, ce qui est presque le plus intéressant sur Life at Heart, ce sont les voix conjointes de N. et B., qui s’allient dans leur misère afin de pleinement conjurer les maux de la vie. Alors que le premier lance de longs cris rauques et râpeux, le second émet des sortes des râles, des plaintes chétives se rapprochant de ce que l’on pourrait entendre chez un groupe de DSBM. Parfois, une voix l’emporte sur l’autre, comme sur Triumph of Death, un morceau plus lent qui met en lumière la polyvalence de N. De plus, sur les titres Nothing Comes from Digging et A Gate, ce dernier surprend avec des screams perçants, voire vampiriques jamais entendus auparavant, qui ajoutent un petit côté glacial à l’ensemble.

Par opposition aux moments de coulée dans les abysses, on retrouve également les blast beats typiques du black metal, agrémentés par des riffs tremolo acérés et dissonants ainsi que les cris rauques de N., tel que sur le premier morceau de l’album, With the Past (de loin mon préféré), qui ne ne ralentit guère sa course, pas une seule seconde. S’instaure d’entrée de jeu une atmosphère glaciale, hostile et sinistre. Au lieu d’expirer dans la boue, on se retrouve perdu dans l’immensité de la nuit, en proie à la tempête et au froid impitoyable qui ronge les bouts des doigts. Il y a un jeu permanent sur le contraste entre ces accélérations et ces ralentissements, une tension palpable entre ces moments davantage pesants et sludgy rendant les blasts d’autant plus viscéraux et frappants, comme les derniers efforts ou les spasmes d’un malheureux tentant désespérément de se sortir de cette fange infecte ; une dernière bouffée d’air, une ultime lueur d’espoir avant de peut-être sombrer.

Life at Heart propose un mix très cru et organique, presque primitif, qui sied parfaitement au style de black metal joué par le duo. Les riffs, extrêmement fuzzy et texturés, vrombissent cycliquement tout du long des morceaux, alors que la batterie, ample et imposante, se perd dans un immense paysage sonore. Tout cela donne l’impression que l’album a été enregistré en live ou en une seule prise, comme si les musiciens faisaient leur prestation juste devant l’auditeur, ce qui résulte en un son et un univers très immersif, à la fois ample et claustrophobe.

En somme, Life at Heart est une directe continuation du travail entrepris avec Silences. En reprenant les bases d’un black metal glacial et viscéral, le duo rouennais semble l’avoir rendu davantage menaçant et imposant, encore plus atmosphérique et immersif, ce qui en fait une écoute éprouvante – dans le sens positif du terme – qui ne laissera personne indemne et plaira assurément aux fans de black/sludge terriblement macabre.

D’ailleurs, si vous en avez l’occasion, courez voir Iffernet en live, ça en vaut la peine ! Ils joueront le 20 mars à Rouen avec Mr Marcaille pour la release party de leur nouvel album, le 3 et le 4 avril à Paris et à Lille en ouverture de Lamp of Murmuur et Dödsrit, ainsi que le 10 avril à Bruxelles en ouverture de Primitive Man et Kollaps. On espère les revoir ici en Suisse d’ici peu.

Morceaux préférés : With the Past, Melancholia, Life at Heart, Salvation.

Saura ravir les fans de : Darkthrone, Mantar, Rană, Toadeater.

Clip de Triumph of Death ici !