Exodus
Goliath
Genre thrash metal
Pays USA
Label Napalm
Date de sortie 20/03/2026

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Avec son douzième album Goliath, qui sort le 20 mars 2026 chez Napalm Records, Exodus signe un retour très attendu : Rob Dukes reprend le micro, la production frappe fort et le groupe propose un disque dense, moderne et frontal. Sans réinventer le thrash de la Bay Area, l’album revendique une efficacité calibrée pour une grande salle et un son extrêmement lisible, qui met chaque instrument en avant. L’ensemble est solide, parfois impressionnant, et globalement cohérent, même si l’on pourra questionner le niveau de surprise de la part d’un groupe au style aussi codifié. Cet album est aussi présenté comme l’un des plus collaboratifs de l’histoire du groupe, avec la contribution de Peter Tägtgren (Hypocrisy/Pain) et de la violoniste Katie Jacoby. La production est assurée par le groupe, le mix et le mastering par Mark Lewis. Les textes restent quant à eux fidèle à une tradition thrash, faite d’images fortes, de vocabulaire direct et de thèmes sombres. Ici, plusieurs morceaux se détachent par un propos assez lisible.

Formé en 1979 à Richmond (Californie), Exodus est l’un des groupes fondateurs de la scène Bay Area thrash, souvent cité parmi les pionniers du genre. Leur premier grand jalon, Bonded by Blood (1985), devient un classique et ancre leur identité : riffs tranchants, accélérations, groove sec et esprit street-level du thrash. La suite de la carrière alterne périodes de creux, retours, changements de chanteur (Baloff, Zetro, Dukes…) et une stabilisation dans les années 2000–2020, avec un statut de valeur sûre du thrash mondial.

Rob Dukes porte Goliath par une prestation vocale très physique et lisible : un timbre râpeux, des attaques sèches et un sens du phrasé qui colle parfaitement au thrash street d’Exodus, tout en laissant de la place aux refrains scandés taillés pour le live. Côté guitares, Gary Holt et Lee Altus livrent un riffing chirurgical et dense : alternance de saccades thrash, de passages plus lourds et de leads acérés, avec une vraie discipline rythmique et des solos expressifs mais jamais gratuits. La section rythmique fait bloc : la basse de Jack Gibson, bien mise en avant dans le mix, apporte du poids et une assise claire, tandis que Tom Hunting à la batterie imprime un drive massif, précis et agressif, en variant intelligemment entre accélérations, mid-tempos écrasants et relances qui maintiennent la tension sur les formats longs.

L’album s’ouvre sur 3111, avec une intro dissonante qui bascule quasi instantanément dans un thrash à haute vitesse : riffing Exodus pur jus, batterie qui martèle et paroles centrées sur l’univers des cartels, posant un décor brutal et sans fard. Le tout est appuyé par une vidéo à l’imagerie très explicite et quasi-documentaire. Dans la foulée, Hostis Humani Generis prolonge l’assaut en mode persona : Rob Dukes y endosse une posture nihiliste, appuyé par un jeu rapide et tranchant. Le refrain possède un groove pensé pour être repris, plus cathartique que nuancé, mais parfaitement aligné avec l’ADN thrash du groupe. The Changing Me bascule sur l’intime : anxiété, dissociation, décrochage mental. Ce titre est l’un des textes les plus personnels du lot. 2 Minutes Hate puise clairement dans l’imaginaire Orwellien (Big Brother, Thought Police), avec une écriture-slogan faite pour être scandée. The Changing Me bascule sur l’intime : anxiété, dissociation, décrochage mental. Ce titre est l’un des textes les plus personnels du lot. Beyond the Event Horizon et son Ton 618 prennent la voie cosmique/terminal (anéantissement, vide), plus métaphorique. En somme, ce ne sont pas des paroles littéraires, mais elles sont claires et cohérentes avec une esthétique thrash qui vise l’impact.

Le disque gagne ensuite en relief avec The Changing Me (feat. Peter Tägtgren), l’un des morceaux les plus marquants côté ambiance : tension psychologique, refrains plus amples, contraste vocal qui épaissit la dramaturgie, et une dynamique qui respire davantage entre menace et mélodie. Cette montée en atmosphère trouve un écho naturel dans Goliath (feat. Katie Jacoby) : tempo ralenti, lourdeur “cinéma noir”, leads tordus et violon qui ajoute un halo menaçant. Ce titre ressort comme singulier, de par la façon dont il tranche avec l’agression immédiate des pistes rapides. Beyond the Event Horizon et son Ton 618 prennent par la suite la voie cosmique, plus métaphorique et évoquant l’anéantissement et le vide. En somme, ce ne sont pas des paroles littéraires, mais elles sont claires et cohérentes avec une esthétique thrash qui vise l’impact.

Enfin, Summon of the God Unknown, du haut des ses presque huit minutes, referme cette séquence sur un format quasi épique : intro, montée, changements de textures, alternance de riffs lourds et de passages plus mélodiques, démontrant la capacité d’Exodus à tenir une structure longue sans tomber dans la simple répétition.

Goliath est un album massif, professionnel et très bien produit, qui met en valeur le retour de Rob Dukes et propose un thrash plein cadre : gros son, riffs efficaces, refrains taillés pour le live, et quelques ajouts amenés par Peter Tägtgren et le violon pour varier la texture. Ses principaux atouts résident dans sa puissance et sa lisibilité : dedans, tout est audible et percutant. Il trouve toutefois une potentielle limite dans sa direction, axée sur une logique d’optimisation du style Exodus plutôt que sur une innovation radicale. Cela plaira certes aux fans, mais offrira moins de surprise aux auditeurs qui espéraient en trouver. Il n’en demeure par moins un album de thrash metal moderne et très solide, plus « goliath » — pour faire référence au titre — par sa production et son impact que par une révolution stylistique.

Clip de Goliath ici !