De l'Abîme Naît l'Aube
Rituel : Initiation
Genre post-metal atmosphérique
Pays Suisse/France
Label Hypnotic Dirge
Date de sortie 13/02/2026

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Une des tâches les plus difficiles qu’implique la création artistique est assurément celle de produire quelque chose d’unique, qui se démarque de la masse. Il s’agit de trouver un équilibre en jonglant entre une certaine originalité et la présence de références à ses inspirations. Fusionner les genres permet en ce sens de briser les barrières — tout artificielles soient-elles — qui les séparent et de créer un matériau composite qui fait ressortir les points forts de chaque élément. Comme nous le verrons dans cette chronique, De l’Abîme Naît l’Aube (abrégé en DANA), en mélangeant ingénieusement les univers et les genres, créent un post-metal atmosphérique, envoûtant et quelque peu intriguant qui mérite d’être examiné de près.

Le groupe est originaire de Suisse occidentale et de la France voisine, avec des membres ayant chacun de l’expérience dans divers projets antérieurs, de genres et dimensions assez différents de DANA. Le concept est imaginé aux alentours de 2018, puis sérieusement matérialisé en 2022. De là, les musiciens enchaînent les concerts et se font rapidement connaître dans la scène locale, se produisant autant dans de petits concerts régionaux que, plus tard, en ouverture de grands groupes comme Der Weg einer Freiheit et Heretoir. En 2024, leur album est financé par crowdfunding, appelant à la bonté des fans qui répondit très largement à l’appel : ce premier album tant attendu, Rituel : Initiation, sort le 13 février chez Hypnotic Dirge Records, label canadien plutôt renommé et spécialisé dans le black et le doom metal.

Tout d’abord, pour un premier album, le projet est très ambitieux : Rituel : Initiation comporte cinq morceaux, dont un interlude (Une Première Epiphanie) de 4 minutes ; les quatre autres titres sont de longues épopées sonores qui s’étendent de 11 à quasiment 13 minutes, le tout atteignant une durée de 52 minutes. Tout d’abord, la colonne vertébrale de la musique de DANA est évidemment un post-metal progressif et ultra atmosphérique : les morceaux suivent pratiquement tous le même schéma, ce jeu constant entre accélération et décélération, mettant une certaine emphase sur les changements de tempo, les crescendos et les montées en puissance. Les guitares jouent des riffs imposants et superposées en nappes sonores qui répètent les mêmes patterns, tel qu’il est coutume dans le post-rock. Ensuite, on retrouve non seulement des éléments de black metal atmosphérique et dépressif ainsi que de post-black, tels que des dead screams à la Psychonaut 4 et des leads mélodiques à la Harakiri for the Sky qui reviennent à la fin de Le Vertige d’une Descendance (un des meilleurs moments de l’album selon moi), mais aussi des touches de drone et de doom, avec par exemple le breakdown inattendu au milieu d’Une Pleine Absence, qui arrive juste après une partie rapide et entraînante. A ce propos, on décèle en effet une certaine férocité, un aspect martial dérivé du death mélodique et du black de la troisième vague dont la puissance et la viscéralité contraste fortement avec le calme d’une musique extrêmement atmosphérique ; les blasts sur Un Sanctuaire de Cendres illustrent cette cassure entre 2 ambiances complètement différentes. Ce mélange de genres résulte en des morceaux véritablement grandioses et planants qui prennent constamment l’auditeur de court avec des changements de tempo et de paysages sonores inattendus. Le dernier titre de l’album, Une Absolue Présence, illustre parfaitement ce que DANA fait de mieux : de l’atmosphère, des gros riffs de post-metal et, avec les voix des 2 chanteurs, un final tout bonnement magistral et explosif qui vous prend aux tripes.

Rituel : Initiation est un concept album qui mène l’auditeur à travers 5 morceaux qui représentent les différentes étapes d’un rite. Au-delà du simple post-metal, il s’agit d’une véritable épopée ritualistique qui est vécue davantage comme une cérémonie chamanique qu’un simple album. Les voix en sont pour beaucoup : en effet, les 2 chanteurs ont chacun tessiture impressionnante. Sébastien alterne entre des screams typiques de black metal, du chant diphonique (le chant guttural de type mongolien) et parfois du chant clair, alors que Fantine, quant à elle, envoûte avec sa voix crystalline qui rappelle facilement Heilung, ainsi que des growls et screams typés death mélodique. Cette dualité dans le chant, particulièrement soutenue par le clair et diphonique, ajoute un aspect tribal, planant et mystique à la musique.

Sur une note plus technique, le mix est clair, chaleureux, organique, idéal pour un album de post-metal de ce genre qui souvent repose sur ce type de production. DANA a fait appel à des fleurons du genre afin de réaliser leur projet et cela se voit : en effet, Rituel : Initiation a été mixé par Tim de Gieter, anciennement d’Amenra, et masterisé par Nikita Kamprad de Der Weg einer Freiheit, preuve que la qualité et le professionnalisme ont un coût qui vaut tout de même la peine d’être payé. Cela témoigne de l’ambition du groupe et lui permet, dès ce premier album, de se présenter comme un projet sérieux, désireux de faire ses marques.

Pour conclure, commençons par le seul bémol : il y a, dans Rituel : Initiation, encore de la place à l’expérimentation. Certains morceaux suivent la même structure, ce qui, au bout de quasiment 1 heure, pourrait sembler redondant pour certaines personnes peu habituées à ce genre de musique. De plus, davantage de black metal (un chouilla plus de blasts et de riffs trémolo) ne serait, à mon goût, pas de trop. Cependant, cela reste un excellent album. Il s’agit d’un premier opus qui voit grand, mais qui fonctionne parfaitement grâce au professionnalisme et au talent des musiciens impliqués. Leur vision est claire, cohérente, et traduit une réelle ambition de faire marcher ce projet, en réalisation depuis de nombreuses années déjà. L’auditeur décèle facilement les influences principales du groupes qui sont réimaginées, réinterprétées pour donner naissance à un son singulier que je n’ai personnellement entendu nulle part ailleurs. Dès la sortie des premiers clips (particulièrement époustouflants d’ailleurs, voici le dernier en date) et leur signature chez Hypnotic Dirge, DANA semble s’être façonné une place dans la scène post-metal, place qui, à mon avis, ne cessera de croître dans les années qui suivent. L’initiation est la première étape d’un culte, le début d’une métamorphose, d’un long processus : on attend alors de pied ferme la suite du voyage qui promet d’être tout aussi grandiose. Un groupe à surveiller de très près, et surtout à voir en live !

Saura ravir les fans de : Amenra, Cân Bardd, Heilung, Harakiri for the Sky, Cult of Luna, Miserere Luminis.