Site Internet
Amis fans de Patrick Sébastien, passez votre chemin. Ici, point de textes humoristiques à forte connotation sexuelle, joyeusement déclamés sur des rythmes festifs par le plus beauf des amuseurs publics. La musique de Playgrounded en est même l’exact opposé. Les cinq musiciens grecs, basés aux Pays-Bas, dont A Flower to Water est le troisième album, jouent une musique sombre, froide et oppressante.
Les thèmes abordés – la perte, la patience et le deuil – envisagent la mémoire et l’absence comme un paysage permanent, révélant le deuil en pleine floraison : une fleur magnifique et éternelle, dont les racines puisent leur vie dans les êtres chers disparus. Cette image offre aux morceaux leur côté sombre, tandis que la froideur et la dimension oppressante sont apportées par l’utilisation constante de motifs électroniques et de samples empruntés au metal industriel, sans pour autant faire sonner l’ensemble comme du metal industriel, car ces éléments, plutôt que de dominer les morceaux, ne font que les habiller en leur donnant cette atmosphère particulière et glaciale.
L’essentiel du travail repose sur la guitare de Michael Kotsirakis, capable de murmurer ses regrets comme de hurler son chagrin, sur la batterie de Giorgos Pouliasis, qui épouse les différentes atmosphères et partage le travail rythmique avec les synthétiseurs et les samples d’Orestis Zafeiriou, et sur la basse bourdonnante d’Odysseas Zafeiriou. Tous accomplissent un travail remarquable, contribuant à façonner une musique tendue et sombre, que le chant désabusé de Stavros Markonis rend plus intense encore.
Pourtant, loin de se complaire dans la noirceur, l’ensemble se révèle d’une beauté saisissante, profondément habité, porté par une attention particulière aux silences, qui jouent ici un rôle aussi essentiel que les notes elles-mêmes.
Avec A Flower To Water, les cinq musiciens parviennent à conjuguer avec finesse leurs différentes influences, qui s’étendent de la noirceur mélancolique de Katatonia aux textures électroniques de Nine Inch Nails, en passant par les envolées guitaristiques de The Ocean et la précision mélodique de Vola. Un savant mélange qui n’est pas sans rappeler l’univers d’OSI, formation injustement oubliée qui, à l’instar de Playgrounded, a toujours su faire dialoguer avec intelligence les codes du metal progressif et les sonorités électroniques.
Si vous êtes amateurs des groupes cités dans cette chronique, je ne peux que vous conseiller chaudement l’achat de ce superbe album, qui tourne en boucle sur ma platine depuis que je l’ai reçu. Quant aux inconditionnels de Patrick Sébastien, continuez donc à faire tourner les serviettes.
