Gernotshagen, Darkenhöld, Aexylium, Frozen Shield, Odraedir, Sorcières, Lugh
Lamure-sur-Azergues (FR)
Date 2 mai 2026
Chroniqueur Ségolène Cugnod
Photographe Ségolène Cugnod
https://www.facebook.com/DMF69620/

Le joli moi de mai est de retour… et, avec lui, le Dark Medieval Fest. Après une édition anniversaire couronnée de succès en 2025, l’association Golden Stone Events remet le couvert pour une sixième itération le 2 mai 2026, avec la ferme intention de pérenniser l’événement. Pour cela, Nathaniel Reynaud et consorts proposent une affiche et des animations toujours plus diversifiées, qui trouvent leur équilibre entre renouveau et fidélité aux valeurs fondatrices. En d’autres termes, il s’agit pour eux de miser sur l’inédit et l’exclusivité, au travers d’une affiche rassemblant sept groupes issus d’horizons multiples, dont certains jouent pour la première fois en France. À première vue, l’approche a porté ses fruits, cette affiche ayant attiré de nombreux nouveaux spectateurs, pour quelques-uns venus de l’étranger !

En attendant de découvrir les nouveautés musicales à l’affiche cette année, nous pouvons découvrir celles du marché : hormis les classiques stands de brasserie, nourriture, produits locaux, déco artisanale et bijoux, les visiteurs peuvent s’initier à la calligraphie, à l’escrime ou au combat de bâtons auprès des fidèles Pérégrins d’Ycelieu, ou bien découvrir l’art de la forge avec Adrien Desmonceaux.

Outre tout cela, le duo folk acoustique Essenix apporte une ambiance musicale à cette place de marché grâce à une prestation mêlant reprises et compositions originales, portée par la subtilité de la guitare acoustique et la voix puissante de sa chanteuse. Un set qui dure plus longtemps que prévu et largement improvisé selon les dires du duo ; comme quoi il y a du bon à se laisser aller hors du cadre de base !

Aux environs de 13 h 30 vient l’heure de l’ouverture des portes, suivie quelques minutes plus tard de celle de la partie purement musicale du festival. Cette année, la mission revient à Lugh, le représentant régional de l’édition, et à son « metal théâtral ». Derrière cette appellation fort étrange, le quintet lyonnais dissimule de nombreuses surprises que nous n’allons pas tarder à découvrir. Beaucoup de prog et de heavy, un peu de folk, pas mal de jazz et de blues, constituent peu ou prou la base de la proposition musicale du groupe. Sur ce mélange des genres singulier, vient se greffer la voix singulière du frontman Lambert Dewarumez, qui conte une histoire de garçon vivant parmi les loups ; tel un acteur, il déclame ses textes, tantôt de façon mélodieuse, tantôt avec agressivité, toujours avec la justesse qui est due à un tel style. Comme au théâtre, ce sont les ruptures de ton qui donnent tout son mordant à la prestation : dans les parties vocales, comme mentionné juste avant, tout comme dans les structures des morceaux. Ainsi, Lugh nous fait-il passer de l’ambiance assez légère des premiers d’entre eux à une autre plus sombre sur Hérétique. Un autre changement d’ambiance se produit lorsque Lambert annonce une « petite ballade », non sans se permettre une petite plaisanterie en ajoutant que « pour ceux qui n’ont pas encore fait leur petite sieste de l’après-midi, c’est le moment ! ». Ce morceau, Les braises, est interprété en duo avec une chanteuse qui rejoint le groupe sur scène pour l’occasion.

Bien souvent, théâtral est synonyme de jeu excessif. Pour autant, les musiciens se montrent très investis sans en faire trop, entre sourires, yeux clos et regards complices ; le batteur Damien Denêtre s’amuse comme un fou.

Enfin, un dernier titre inspiré du folklore breton conclut façon « ballade prog » un set qui a filé à toute vitesse et donne envie de se plonger dans les contes qui inspirent le groupe.

Prochain groupe à fouler les planches, originaire du nord de la France, Sorcières a effectué une longue descente depuis sa région pour présenter son nouvel album sorti deux jours plus tôt, La nuit des temps. « C’est la première fois qu’on descend si bas, pour nous c’est le sud ! » plaisante à ce sujet le chanteur Pierre-Alain Stigand. Tout comme Lugh juste avant, Sorcières officie dans un registre narratif, pour sa part dans un style axé black/folk metal, plus classique si l’on veut. Classique, certes, mais non moins efficace, les morceaux trouvant leur force dans un rythme prenant et des envolées folk omniprésentes qui donnent envie de se laisser entraîner dans une danse de folie. Le violon occupe une place essentielle, manié par une Marie Derancourt aussi minutieuse que réservée, amenant une bonne dose de mélodies et d’émotions aux morceaux. Stigand, lui aussi, porte une bonne partie de la prestation sur ses épaules : sa voix agressive et puissante et sa gestuelle habitée ont de quoi happer avec force les quelques spectateurs pas encore très réveillés. Quelques soucis de son impactent les guitares, heureusement cela s’améliore au fil du set. Le bassiste David Hubert, en revanche, se retrouve victime d’un débranchement accidentel de sa basse qui le conduit à aller emprunter en catastrophe celle de Sophie Liabeuf, bassiste de Lugh ; par chance, le problème est réglé en un tournemain.

La touche finale de ce set à l’ambiance mystique provient des éléments de décoration que sont les branchages sur le pied de micro et la lanterne et le crâne au sol, les lumières de face mettant le tout en valeur de manière très naturelle. Le dernier morceau, L’auberge des corps perdus, au tempo de valse, finit d’emporter l’adhésion générale.

Entre deux groupes, ceux qui prennent le temps de faire un petit tour à l’extérieur peuvent aussi prendre celui de s’arrêter devant Acus Vacuum, un duo de joyeux lurons qui nous fait la joie d’un petit intermède spécial cornemuse !

Troisième groupe de l’affiche, Odreadir joue de malchance, amputé de son batteur pour raison médicale et de son bassiste pour raison familiale. Il en fallait toutefois bien plus que cela pour entamer la motivation des Tchèques, qui, comme le rappelle le frontman Jakub Držmíšek, ont parcouru plus de mille kilomètres pour se produire pour la première fois devant le public français. Bien au contraire, ils semblent encore plus déterminés à faire bouger les foules ! Le premier morceau du set, bien intitulé Never Surrender, illustre fort bien cet état d’esprit. À seulement trois sur scène, les compères redoublent (ou plutôt retriplent) d’énergie et d’enthousiasme : les deux guitaristes, Petr Matouš et Štěpán Novák, se montrent très complices ; le chanteur, lui, très expressif et très amical envers les spectateurs, à qui il affirme droit dans les yeux « Vous êtes magnifiques ! » — merci pour nous ! Odraedir pratique un style à la croisée du death metal mélodique scandinave et du folk metal épique finlandais, qui possède ce je ne sais quoi qui constitue la signature des pays de l’Europe de l’est. L’un des morceaux — dont le titre m’échappe, vous m’en excuserez —, d’après les dires de Jakub Držmíšek, revient au sources, composé par Petr Matouš il y a plus de vingt ans, avant même la formation du groupe en 2009. Dans tous les cas, anciens comme nouveaux titres tapent en plein dans le mille, le public rend au trio son engouement, et nous passons tous ensemble un sacré bon moment…

… interrompu en plein pendant un morceau par une coupure de courant. Le temps pour les techniciens de résoudre le problème, les musiciens occupent l’espace comme ils peuvent, sans rien perdre de leur bonne humeur ni de leur professionnalisme. Ultime coup du sort, cette panne les contraint à écourter leur set ; malgré ces multiples tuiles, les trois hommes investissent la même énergie dans les deux derniers titres afin de livrer une conclusion digne de ce nom, ce pour quoi je peux affirmer que nous serons nombreux à aller les féliciter à leur stand de merch. Bravo à Odraedir, d’authentiques guerriers !

Avoir un groupe originaire de la région catalane à l’affiche du Dark Medieval Fest est de bon augure ; preuve en sont les prestations de Drakum en 2023 et d’Icestorm en 2024. À ce titre, le représentant de cette année, Frozen Shield, ne devrait pas faire exception… et autant dire tout de suite que la promesse est plus que bien tenue. À eux quatre, en dépit de l’absence de bassiste, les membres du groupe portent à bout de bras une charge très lourde combinant death metal mélodique, power symphonique et folk metal, le tout épique et massif à souhait. Marc Olesti et Isaac Solanas excellent tout autant l’un que l’autre dans leur duo de guitare ; Kacper « Kreegen » Fornalczyk, lui aussi, dévoile un haut niveau à la batterie. Ceci étant, sans chercher à diminuer les performances de ces trois-là, s’il en est un qui se fait remarquer le premier, il s’agit bien du frontman Antoni González. Sa puissance vocale impressionne, tout comme sa capacité à passer du growl au chant clair sans perdre en justesse — exercice périlleux s’il en est —, tout en étant bien épaulé aux chœurs par Isaac Solanas. Outre cela, il sait aussi y faire lorsqu’il s’agit de motiver les troupes, comme au moment où il encourage les spectateurs à faire un wall of death. Tout cela, avec une assurance d’autant plus étonnante qu’il est le dernier arrivé au sein du groupe, en 2025 seulement !

Frozen Shield, bien que n’ayant qu’un seul album à son actif sorti en 2021, Ínia, sait faire bon usage de cet opus, dont il a sélectionné les extraits les plus pertinents pour l’essentiel de la setlist, ainsi que de ses plus anciennes productions remontant aux années 2010 en complément. Le dernier titre conclut le set en apothéose, avec un circle pit auquel se joint Toni González de bon cœur ainsi que de chaleureux remerciements de la part des Catalans. Nous les leur rendons bien et espérons de tout cœur les revoir bientôt sur nos terres… et la sortie d’un prochain album !

Le groupe qui succède, Aexylium de son nom, nous vient d’Italie, terre connue pour sa scène folk très active et passionnée. Effectivement, le public du Dark Medieval Fest a ici droit à un joli petit combo : pas moins de sept musiciens et vocalistes, chacun à sa place, tenant son rôle au millimètre et surtout à 100 %. Débutant sous des auspices plutôt guerrières portées par le chant que Sam Biganzoli assure alors seul, le set prend ensuite un tournant plus opératique lorsque la mezzo-soprano lyrique Ariana Bellinaso, dernière recrue en date, rejoint le groupe sur scène pour compléter le duo vocal. Celui-ci fonctionne très bien : outre la complémentarité évidente entre leurs voix, l’alchimie entre les deux chanteurs ressort au travers de leurs interactions, se tenant par la main ou elle touchant gentiment la tête de son partenaire. Il en est de même pour les instrumentistes, notamment le violoniste Federico Bonoldi et le flûtiste Leandro Pessina, qui renforcent le dialogue entre leurs instruments en jouant souvent face à face.

Certes, la version du folk metal que propose Aexylium n’est pas la plus originale, où se retrouvent nombre d’éléments typiques du genre tels les mélodies dansantes, les instruments essentiels que sont le violon et les flûtes traversière et irlandaises, les refrains conçus pour rester dans la tête et les chansons à boire, de même que le chant mixte qui n’est pas sans rappeler Eluveitie. Ceci étant dit, l’essentiel est de s’amuser, ce que les membres du groupe ont bien compris, en témoigne leur bonne humeur communicative et contagieuse. Ainsi le set se déroule-t-il sur fond d’échanges de grands sourires, sur scène comme en face, qui illuminent le début de la nuit !

En 2019, Darkenhöld avait fait l’honneur au Dark Medieval Fest d’être la tête d’affiche de sa toute première édition. Cette année, le groupe niçois fait son retour, attendu depuis sept ans, bien muni pour cela de son dernier album de très bonne facture, Le fléau du rocher. Le set démarre avec quelques minutes de retard, le temps de résoudre quelques soucis techniques — malheureusement pas en totalité —, de manière assez posée, avec Oriflamme et Majestic Dusk Over the Sentinels. Après quoi, L’ascension du mage noir, premier extrait du nouvel album, le fait basculer dans une ambiance à la fois plus épique et plus sombre ; il en est de même pour le second titre extrait du Fléau du rocher, Le cortège royal. Dans l’ensemble, Darkenhöld se montre fidèle à ses valeurs en servant à son public un black metal très organique et empli de relief, qui évoque les paysages montagneux et les vieilles pierres du sud de la France dont il est originaire, tout comme le décor d’un laboratoire alchimique des temps du Moyen-Âge. Les musiciens livrent tous une performance  investie et n’oublient pas de s’amuser malgré les soucis techniques ; en premier lieu le compositeur et leader Aldébaran, qui fait montre comme toujours d’une élégance qui n’a pas son pareil et ressort autant dans son jeu de guitare que dans son costume à la belle cape rouge ; Cervantès, quant à lui, captive par sa voix rocailleuse et son air de sorcier.

En somme, rien de surprenant pour qui a déjà vu Darkenhöld sur scène. Ceci dit, il n’y a aucune raison de s’en plaindre, d’autant plus qu’il est très plaisant d’avoir droit à de nouveaux titres dans la setlist ! À cette heure qui commence à se faire tardive, et malgré la fatigue qui s’installe, le groupe se montre reconnaissant au public présent pour son soutien indéfectible, que Cervantès exprime d’un magnifique « Merci, mes braves ! ».

En attendant l’ultime changement de plateau — qui prendra plus de temps que prévu, la faute aux soucis techniques de la journée —, les spectateurs peuvent assister à la prestation de jonglage avec le feu que livre une membre de l’association Draconyr à l’extérieur. Durant ces quelques minutes suspendues, les flammes illuminent la nuit.

Après une attente malheureusement bien longue qui aura poussé de nombreux spectateurs à déclarer forfait et partir se coucher, vient le moment pour Gernotshagen de clore les festivités. Sur une scène éclairée de bleu et blanc et embaumée de senteurs d’encens, les musiciens, vêtus de haillons, apparaissent stoïques et solennels tels des êtres surnaturels sortant de la brume. À leur tête, Daniel Möller a.k.a Askan, au visage peint de noir, paraît tel un conteur drapé d’une aura de mystère narrant des histoires tout aussi mystérieuses dans sa langue natale. De prime abord, cette barrière linguistique, de même que l’aspect très intellectuel du style, ne rendent pas ce dernier des plus accessibles. Pour autant, nulle distance ou froideur ne ressort de la présence et de l’attitude des six Allemands, de telle sorte que les spectateurs encore présents, y compris et peut-être surtout les non-connaisseurs, n’ont aucun mal à se laisser guider dans l’univers du groupe, portés par la bienveillance de ses membres. Les morceaux sont assez longs et le rythme posé dans son ensemble, ce qui crée une ambiance calme et propice à la contemplation, cette dernière étant d’autant plus renforcée par le synthétiseur très planant et les passages en chant clair qui sonnent très pagan.

En quelques mots, Gernotshagen offre aux festivaliers, une belle découverte pour certains, une confirmation pour les autres ; pour tous, une excellente et envoûtante prestation aux airs de promenade dans une forêt noire enchantée. En somme, une fin de Dark Medieval Fest dans sa meilleure tradition et digne de ce nom.

Ainsi s’achève, dans la fatigue certes mais sur une note apaisante, cette sixième édition du Dark Medieval Fest, qui aura tenu toutes ses promesses en matière d’epicness et de renouveau. Merci infiniment à Golden Stone Events pour tout, et à une prochaine fois !