Persecutor, Neckbreakker, Born Hanged, Dethroned, Green Lung, In Flames, Castle Rat, Hatebreed, Cân Bardd, Alcest.
Dinkelsbühl (DE)
Date 12 août 2026
Chroniqueur Nathan Bonzon
Photographe François Feleki
https://www.summer-breeze.de/en/

Cette année encore, nous sommes retournés au fabuleux Summer Breeze Open Air. Cette vingt-neuvième édition, qui était pour moi la troisième d’affilée, se tenait du 12 au 15 août dernier sur l’aéroport de Dinkelsbühl, au Sud de l’Allemagne. Une énième édition qui s’annonçait déjà une des meilleures de par son affiche ; les headliners affichent la couleur : In Flames, Lamb Of God, Saxon et Helloween. Cependant, j’ai privilégié cette année les scènes plus modestes et troqué les têtes d’affiche pour de jeunes groupes émergents ou relativement underground, scènes sur lesquelles j’ai trouvé tout mon bonheur en tant que fan de black, de death et de hardcore.

Après être partis de Suisse la veille du festival et dormi sur le chemin, nous sommes arrivés sur place aux alentours de 11h. Rapidement, je me suis rendu au Media Village, toute nouvelle addition de ce Summer Breeze 2026. En effet, la tente presse se trouvait auparavant incluse dans l’espace VIP (zone mélangeant artistes, VIP et presse), ce qui limitait considérablement les places et rendait le tout assez peu pratique. En 2026, les représentants de la presse ont en effet joui d’une toute nouvelle zone dédiée, accolée au backstage (afin de plus facilement relier artistes et presse) et dotée d’une grande place d’ombre, de toilettes et de prises électriques. Autant dire que ces considérables améliorations (qui font partie de multiples autres pour cette édition 2026) ont grandement fluidifié le processus, donnant à la presse un espace rien qu’à elle.

Bon, trêve de sérieux et passons à ce qui nous intéresse. Comme d’habitude, les premiers concerts ont débuté aux alentours de 16h avec Persecutor sur la Tool Rebel Stage. Les Danois, qui présentent un thrash teinté de metalcore et de groove metal, étaient les candidats parfaits pour échauffer cette foule à l’aube d’un festival de quatre jour. Je n’avais écouté qu’un album en avance, mais je fus tout de même content d’avoir pu voir Legacy et son très fun breakdown en live. Les quatre Danois semblaient super heureux d’être là, ça a fait très plaisir à voir ! Un point bonus également pour les beaux t-shirts que portaient le bassiste et le guitariste.

Cinq minutes après la fin du premier concert, je me déplace déjà à la T-Stage pour assister au set de leurs compatriotes, Neckbreakker. Le (très) jeune groupe, qui avait déjà joué au Summer Breeze sous leur ancien nom Nakkeknaekker, ont enfin pu défendre leur récent album Within the Viscera sur les planches de Dinkelsbühl. On a ici affaire à du gros death metal, bien groovy et agrémenté de touches de hardcore, tel que sur les titres Unholy Inquisition et Shackled to a Corpse qui tapent vraiment très fort. La présence scénique du chanteur, comparable à un frontman de hardcore, a été pour moi un des éléments les plus notables ; celui-ci lâchait d’intenses growls tout en fixant la foule tel un vrai maniaque. Sur une scène aussi grande que la T-Stage et aussi tôt dans la journée, il peut être difficile de former une connexion avec le public, les Danois de Neckbreakker semblent cependant avoir réussi cette épreuve.

Ensuite, une courte pause me permet de me déplacer (déjà) sur la Campsite Circus, la plus petite scène du festival, située dans le camping. Sur celle-ci, le Summer Breeze se targue de booker de petits groupes allemands et émergents, une bonne occasion pour découvrir la scène underground du pays. Le premier de ces groupes est Born Hanged, originaire de Karlsruhe. Armé de la mythique HM-2 (dont tous les paramètres ont été poussés au max, conférant ce son de tronçonneuse), leur death metal fusionné à du hardcore et à du powerviolence a servi de véritable rouleau-compresseur sur les trente minutes du set. Leurs morceaux peuvent se résumer à deux tiers de powerviolence/de death metal, puis le tiers restant à un gros breakdown à la Wide Open Wound de Nails, tout en maintenant une vibe résolument oldschool à la Entombed. Si je devais expliquer leur musique en un mot, ce serait « rouille » ; c’est sale, corrosif et terriblement méchant, les trois titres de leur dernier EP Left to Rot peuvent en attester.

Restons sur cette scène avec Dethroned, du metalcore/death metal de Dresde. Comme avec le groupe précédent, on a ici affaire à un groupe authentique, résolument DIY et très énergique en live, incitant le public au mouvement et à la violence. Même si j’ai moins moshé que pour le groupe précédent, j’ai bien apprécié leur interprétation du metallic hardcore, avec par moment des riffs à la At The Gates très sympas (tel que sur Bare Hands et Storm the Gates) et une vibe un peu plus crusty. J’ai beaucoup apprécié l’attitude du chanteur, un grand mec massif à lunettes de soleil, et du groupe en général, la mayonnaise semble avoir en effet très bien pris avec le public du Summer Breeze. Deux superbes découvertes à suivre de près.

Ensuite, je suis retourné dans l’enceinte du festival aux alentours de 20h pour voir Green Lung sur la T-Stage. Avant ce fest, je n’avais jamais écouté le groupe, l’étiquette de stoner metal/rock ne m’intéressant peu, en particulier l’attitude que la plupart des groupes arborent (tout le délire pro-drogue notamment). Je fus toutefois extrêmement surpris, en me préparant pour l’édition 2026, de découvrir une musique très lourde, groovy et terriblement fun. En effet, leurs morceaux constituent un mélange savant entre Black Sabbath et Ghost, avec de petites touches d’occultisme dans ses thèmes et son imagerie. La voix ozzy-esque du chanteur m’a honnêtement bluffée, les paroles s’assimilant à des incantations blasphématoires réalisées lors d’une cérémonie au fin fond d’une forêt lugubre. Les moments forts du set ont été pour moi The Forest Church, The Mountain Throne et le magistral Let the Devil In qui clôtura le set. Je me réjouis de leur nouvel album qui sort en septembre !

Le headliner de ce premier jour est In Flames, les Suédois ont foulé les planches de la Main Stage à 21h15 pour un show de presque heure et demie. Bien que je fus assez content d’avoir pu les voir une fois dans ma vie, je ne peux que me sentir déçu de la performance. Premièrement, le mix était assez atroce et ne laissait (comme bien souvent) entendre que les basses et très peu les aigus. On ne pouvait presque pas déceler les guitares ! Deuxièmement, je pense tout simplement n’être pas un mega fan du groupe, surtout de ce qu’ils sont devenus depuis une dizaine d’année environ, passant d’un plutôt bon melodeath à du metal alternatif assez médiocre. Ainsi, j’attendais de pied ferme des anciens morceaux comme Colony et Artifacts of the Black Rain (qui sont d’ailleurs peu nombreux dans leur set), mais même ceux-ci s’avérèrent difficile à suivre à cause du mauvais mix. Bien que la scénographie fut impressionnante (de gros câbles électriques pendant depuis le plafond comme dans une usine ou un laboratoire), le reste du concert, malheureusement, fut relativement ennuyant et les discours de Anders Fridén un peu trop longs, en plus de morceaux trop atmosphériques à mon goût. Je fus cependant assez heureux de voir Only for the Weak, Meet Your Maker et Foregone, Pt. 2 que j’écoutais dans mes années formatives.

A la base, j’étais censé aller voir Castle Rat sur la Tool entre deux concerts, mais j’ai fait le choix stratégique d’aller manger. Je fus un peu déçu de louper ce groupe dont la scénographie est franchement intéressante, mais cela resta la meilleure décision à mon sens, de plus que je ne suis pas un fan inconditionnel de ce style spécifique de metal.

Après m’être fait arnaqué douze euros pour un döner végétarien qui ne les valait clairement pas, je suis revenu à la Main Stage pour Hatebreed. Les ayant déjà vu dans une petite salle à Lausanne en mi-juin et ayant été sacrément déçu par le public qui semblait de pas savoir ce qu’un spinkick était, j’espérais cette fois-ci pouvoir bouger librement dans le pit. Evidemment, j’étais naïf. Après environ dix minutes de retard (suite à des problèmes techniques), les Américains montèrent sur scène et délivrèrent une performance on ne peut plus massive. Live For This, Destroy Everything, Looking Down the Barrel of Today, les classiques s’enchaînent devant un public allemand conquis qui se lance dans d’immenses push pits et circle pits (pour le plus grand malheur du fan de hardcore que je suis). Il faut dire que Hatebreed est culte là-bas, ce qui signifie une setlist adaptée au public davantage mainstream des festivals européens, c’est normal. J’aurais, cependant, aimé voir plus de morceaux tirés de Satisfaction is the Death of Desire et de Perseverance ; leurs albums récents me laissent un peu sur ma faim, mais les derniers singles pour le nouvel opus Fatal Paradox (Make the Demons Obey et Kill Count Increase) semblent prometteurs et sont très fun en live. Quoiqu’un peu déçu de l’expérience générale, c’est toujours cool de voir la bande à Jasta, surtout avec Carl Schwartz de First Blood à la basse !

Ensuite, encore un petit aller-retour à la Tool Rebel Stage pour choper Cân Bardd. Le groupe suisse propose un superbe black atmo avec des touches de folk, notamment de violon sur la plupart des morceaux. Je suis arrivé à la fin du premier morceau Une couronne de branches qui est toujours excellent en live, notamment grâce à la montée en crescendo et aux cœurs qui parachèvent celle-ci. Bien que je n’aie réussi à voir qu’une vingtaine de minutes du show, le public allemand (sacrément nombreux d’ailleurs) semblait vraiment apprécier la prestation des Suisses, ça fait plaisir à voir ! C’était également assez drôle de voir mon tatoueur jouer sur une telle scène (en effet, le fondateur de Cân Bardd officie comme tatoueur à Genève sous le nom d’Autumn Ink) ; un homme de multiples talents !

Pour finir cette première journée déjà pas mal chargée, je reviens encore une fois à la Main Stage pour voir Alcest de 1h à 2h. N’ayant jamais vraiment écouté le groupe français avant ce Summer Breeze, je fus tout simplement époustouflé. La scénographie, les lumières, l’atmosphère, tout était fait pour vous transporter dans un autre monde, un monde transcendantal où tout est suspendu. Le set débuta par Améthyste avant de passer par les mythiques Protection et Sapphire, pour finir avec Kodama. Une chose que j’ai beaucoup aimé est le fait que Neige n’est pas le seul à chanter, ce qui ajoute un certain dynamisme au set, donnant l’impression d’un vrai groupe uni et non pas d’un projet solo guidé par une seule personne aux commandes. Bref, finir la journée avec Alcest à 2h du matin sur la Main Stage était une expérience assez transcendantale, j’ai été très heureux d’avoir pu les voir.

On commence donc cette édition 2026 du Summer Breeze très très fort, avec pour ma part de belles découvertes sur les plus petites scènes. La température caniculaire et la fatigue se font déjà bien sentir alors je dépêche d’aller dormir, parce que demain, ça repart de plus belle dès 11h !

Concerts préférés du jour 1 : Alcest, Born Hanged, Hatebreed, Green Lung, Cân Bardd.