Site Internet
Fondé en 2017 sur l’île allemande de Spiekeroog par le guitariste Markus Bühnemeyer, Temple Of Dread s’est rapidement imposé comme une valeur sûre du death metal old school européen. Après les remarqués Blood Craving Mantras (2019), World Sacrifice (2020), Hades Unleashed (2021), Beyond Acheron (2023) et God of the Godless (2024), les Allemands reviennent déjà avec leur sixième album studio, Dreadspawn Dominion, qui sort le 7 août chez Testimony Records.
Toujours profondément ancré dans les racines du death metal old school, le quintette continue d’affiner sa formule en y intégrant des atmosphères plus sombres et cinématographiques. Le line-up s’est d’ailleurs enrichi avec l’arrivée du second guitariste Daniel Maurer et du bassiste Andi Bauer, deux recrues qui apportent encore davantage de puissance à une formation déjà redoutablement efficace. Le chant de Jens Finger, les guitares de Markus Bühnemeyer et Daniel Maurer ainsi que la frappe de Jörg Uken permettent au groupe de proposer un death metal authentique, brutal et particulièrement immersif.
Avant même de rentrer dans le détail des morceaux, Dreadspawn Dominion annonce clairement la couleur. Ici, pas de modernité forcée ni de démonstration technique gratuite. Temple Of Dread pratique un death metal profondément enraciné dans les années 90. Les amateurs de Morgoth, Asphyx, Entombed, Pestilence, Obituary ou encore Death devraient immédiatement s’y retrouver. Le groupe ne se contente cependant pas de recopier ses influences et parvient à insuffler suffisamment de personnalité et de passion à ses compositions pour éviter le simple exercice de nostalgie.

L’album s’ouvre sur Wings of Immortality, une courte introduction d’une minute vingt portée par une guitare acoustique. Un petit air mystérieux qui ne laisse pas vraiment deviner ce qui nous attend avant qu’un martèlement de grosses caisses ne vienne annoncer la tempête.
Dreadspawn Dominion déboule alors sans prévenir. Dès les premières secondes, le morceau part à toute vitesse sur un motif de batterie effréné. On ressent immédiatement ce parfum de death metal old school. Si la production est résolument moderne et puissante, le chant possède ce grain ancien, presque intemporel, qui rappelle les grandes heures du genre. On sent littéralement la transpiration des ancêtres du death metal dans chaque riff. Les solos fusent dans tous les sens, les guitares hurlent et le morceau constitue une entrée en matière particulièrement convaincante.
Born to Rot se montre un peu plus lourd. Son rythme plus pesant et ses petits riffs accrocheurs installent une atmosphère oppressante sans jamais sacrifier l’énergie. Le morceau alterne passages plus lents et accélérations franches avec beaucoup de naturel et confirme la très bonne dynamique de l’album.
Hybrid Horde Eternal démarre quant à lui sur les chapeaux de roue. La voix surgit immédiatement, la batterie ne laisse aucun répit et le titre prend littéralement l’auditeur à la gorge. Ici, tout est pensé pour maintenir une tension permanente et l’efficacité est redoutable.
Death March se distingue davantage. Par moments, le chant adopte même une légère coloration rappelant certains aspects du black metal, tout en restant profondément ancré dans le death metal old school. Les riffs y sont particulièrement lourds et mémorables. C’est sans doute l’un des morceaux que je recommanderais en priorité à ceux qui souhaitent découvrir l’album.
Blood Pyre poursuit cette démonstration de force sans la moindre concession. Les passages de guitare se montrent particulièrement inspirés et apportent une belle richesse à l’ensemble.
Scorched by Cosmic Fire débute dans une ambiance beaucoup plus calme. On entend progressivement un bourdonnement qui enfle encore et encore avant qu’un cri ne vienne tout faire exploser. Le riff principal se révèle plus mélodique que sur le reste de l’album, presque planant par moments. Le morceau prend davantage son temps, ralentit, accélère à nouveau et joue habilement avec les ambiances. Une composition particulièrement réussie qui apporte une respiration bienvenue sans jamais perdre en intensité.
Les deux derniers titres viennent conclure l’album de très belle manière. Rites of Blasphemy repart à pleine vitesse et devrait ravir tous les amateurs de vieux death metal. Enfin, Infernal Eternity adopte une approche plus lente et écrasante. On a véritablement l’impression de recevoir quelque chose sur la tête et de s’enfoncer lentement sous l’eau, avec de moins en moins d’air à chaque instant. Puis viennent de nouveaux gros riffs et des solos inspirés pour achever ce voyage de quarante minutes.
Mention spéciale également à l’incroyable travail de l’artiste italien Paolo Girardi, à qui l’on doit la superbe pochette de Dreadspawn Dominion. Véritable référence dans le monde du metal extrême, le peintre s’est forgé une solide réputation grâce à des œuvres entièrement réalisées à la main, regorgeant de détails et immédiatement reconnaissables par leurs atmosphères sombres, organiques et souvent apocalyptiques. Son nom est notamment associé à des albums majeurs comme As Gomorrah Burns de Cryptopsy, les désormais cultes Manifest Decimation et Nightmare Logic de Power Trip, ou encore Servitude de The Black Dahlia Murder. Les amateurs de Temple of Dread le connaissent également déjà puisqu’il a réalisé les pochettes de Hades Unleashed, Beyond Acheron et God of the Godless, preuve de la relation de confiance qui s’est installée entre le groupe allemand et l’artiste italien.
Le chroniqueur que je suis aime particulièrement prendre le temps de se pencher sur ces aspects parfois oubliés de notre musique. Dans un monde où l’intelligence artificielle prend une place toujours plus importante, voir des artistes comme Paolo Girardi continuer à produire de véritables peintures réalisées à la main a quelque chose de profondément rassurant et inspirant. Ses illustrations ne sont pas de simples pochettes d’albums : ce sont de véritables œuvres d’art que l’on peut observer pendant de longues minutes, découvrant sans cesse de nouveaux détails et de nouvelles histoires. Si son nom ne vous dit rien, je ne peux que vous conseiller d’aller explorer son travail au-delà de Dreadspawn Dominion. Si vous aimez les univers sombres, les scènes foisonnantes et les peintures qui racontent une histoire avant même d’avoir écouté la première note d’un album, le nom de Paolo Girardi mérite clairement votre attention.
Au final, Dreadspawn Dominion ne révolutionnera certainement pas le death metal. Mais était-ce réellement le but ? Probablement pas. Temple Of Dread livre surtout un album sincère, passionné et remarquablement exécuté, qui respire l’amour du death metal old school à chaque instant. Les dix morceaux s’enchaînent avec une facilité déconcertante et donnent immédiatement envie de replonger dans cette atmosphère sombre et guerrière. Une très belle sortie qui devrait sans peine trouver sa place dans la collection des amateurs de death metal traditionnel.

