Après plus de trente ans de carrière, qu’est-ce qui vous motive encore à créer, et quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
Je dirais qu’avant tout, c’est le plaisir de faire de la musique. Nous sommes un groupe actif depuis les années 1990, et je pense qu’il est toujours dangereux pour un groupe de considérer son succès comme acquis. Ce qui nous pousse à avancer, c’est cette volonté de nous dépasser, d’aller toujours plus loin et de faire mieux que ce que nous avons accompli auparavant.
Nous ne vivons pas en vase clos, et il est évident que tout ce qui nous entoure influence, d’une manière ou d’une autre, notre processus de création. Chaque fois que j’en ai l’occasion, j’aime assister à des concerts d’autres styles musicaux. Il faut savoir rester humble, accepter ces influences et apprécier l’art ainsi que le monde qui nous entoure.
Cinq ans se sont écoulés depuis Hermitage. De quelle manière cette période a-t-elle influencé votre écriture et votre vision artistique ?
La naissance du nouvel album Far from God a été un processus difficile. Nous sommes restés plusieurs années éloignés du studio, à la recherche d’inspiration et des bonnes mélodies. Durant cette période, il y a eu beaucoup d’essais et d’erreurs, ainsi que de nombreux textes que j’ai écrits mais qui ont finalement été mis de côté.
Je pense que le groupe est actuellement dans une phase de grande vitalité, et que cette vitalité ne peut s’obtenir qu’à travers une nouvelle musique. Notre vision artistique repose toujours sur les mêmes bases et les mêmes influences.
Nous ne tenons rien pour acquis, et nous sommes un groupe qui croit au succès par le travail.
Pourquoi avoir choisi le titre Far from God ? S’agit-il d’une référence à un éloignement spirituel, humain, politique ou plutôt quelque chose de plus personnel ?
Le titre Far from God fait référence à un éloignement du divin, mais pas nécessairement dans un sens religieux. Il parle davantage d’un éloignement de nous-mêmes, de notre essence et de notre moi le plus profond. Dieu peut être représenté de différentes manières et, aujourd’hui, nous constatons malheureusement qu’il existe de nombreuses guerres saintes.
Chez Moonspell, nous ne pensons pas qu’un dieu soit supérieur à un autre, ni que la foi de chacun doive être jugée.
Le titre de cet album fait également référence à un potentiel intérieur, souvent inexploité. Nous vivons éloignés de notre meilleure version.
Vos albums ont toujours mêlé littérature, histoire, spiritualité et mythologie. Qu’est-ce qui a inspiré et nourri les paroles de ce nouvel album ?
Ce nouvel album parle avant tout de l’amour et de la douleur, et du fait que l’un ne peut exister sans l’autre.
Il s’appuie principalement sur des influences issues de la mythologie européenne.
Mais l’une des principales sources d’inspiration pour l’écriture de cet album a été la Bible. Non pas comme une description littérale, mais comme un parallèle avec des situations du quotidien. Nietzsche est un autre auteur qui décrit cet éloignement entre l’homme et Dieu, tout en cherchant à les rapprocher à travers sa philosophie, et qui constitue lui aussi une inspiration.
Si vous deviez résumer Far from God en seulement trois mots, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?
Gothique, élégant et beau.
« Gothique » est le premier mot qui me vient à l’esprit. C’est un mot difficile à expliquer, c’est plutôt un ressenti.
Il est rare d’entendre une musique plus agressive et de la qualifier de belle, mais, en réalité, la beauté peut aussi contenir beaucoup d’agressivité, comme lorsqu’on est face à une œuvre d’art qui nous met au défi.
Et je pense que c’est quelque chose que l’on peut même ressentir physiquement, dans notre corps, lorsque l’on écoute quelque chose qui nous donne des frissons ou qui agit sur notre système nerveux.
Où a été enregistré Far from God ?
Cette fois-ci, nous avons enregistré à Porto, ce qui n’est pas très habituel pour nous. Normalement, nous partons à l’étranger pour enregistrer, mais cette fois-ci nous sommes restés au Portugal.
Le monde a beaucoup changé depuis le début de votre carrière. Pensez-vous que le metal joue encore un rôle culturel ou social pertinent aujourd’hui ?
Je pense que la vie est de plus en plus compliquée pour les musiciens. Nous avons de moins en moins de temps à consacrer à la musique.
Au Portugal notamment, certains mouvements préoccupants sont en train d’apparaître, selon moi : dans la manière dont nous traitons les migrants, dans cette façon de vivre sans temps, déconnectés de nous-mêmes, et, souvent, ce qui est vraiment important nous échappe.
Le Portugal n’est pas seulement le football et Fátima. Il y a énormément de culture, de musique et de choses qui méritent d’être explorées. Et c’est précisément ce que nous voulons apporter au monde et à notre pays, comme contribution.
J’ai eu l’occasion d’écouter Great Wolf in the Sky, pouvez-vous nous parler un peu de cette chanson en particulier ?
C’est en fait l’une de mes chansons préférées de l’album. Elle compte avec la participation de l’artiste Alicia Nurho, qui joue des cordes sur ce disque.
C’est une chanson qui parle de la figure du loup, et du loup dans le ciel, comme une figure protectrice de la vie terrestre.
Nous avons récemment perdu un ami et fan du groupe, et avec l’autorisation de sa famille, j’ai décidé de lui dédier cette chanson. Il s’appelait Pedro, et à présent c’est lui le Great Wolf in the Sky.
Cette histoire est aussi un rappel de la dureté de la mort et du vide qu’elle laisse, mais aussi du fait que les personnes ne disparaissent jamais totalement. Du moins, pas tant que la mémoire existe. Et c’est une des façons de lui rendre hommage.
Je crois que c’est aussi l’une des fonctions de la musique : apporter un peu de lumière au milieu de l’obscurité.
En regardant en arrière, y a-t-il un album de Moonspell que vous considérez aujourd’hui comme sous-estimé ?
C’est une question difficile. Je pense que les disques qui ont peut-être reçu moins d’attention qu’ils ne le méritaient sont Sin / Pecado et The Butterfly Effect. Peut-être à cause de l’époque à laquelle ils sont sortis.
Même s’ils ont été mal accueillis à l’époque, ce sont aujourd’hui des albums qui se vendent très bien lorsqu’ils sont réédités.
Je pense que les albums qui restent encore à découvrir et à recevoir l’attention qu’ils méritent sont notre dernier disque, Hermitage, qui est également né à une mauvaise période, pendant la pandémie, ce qui nous a empêchés de le défendre sur scène et de partir en tournée, ainsi que l’album Antidote de 2003.
Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser aux fans qui vont découvrir Far from God pour la première fois ?
Je tiens avant tout à envoyer une chaleureuse accolade aux fans de Moonspell. J’aimerais inviter les gens à écouter notre nouvel album et à lui consacrer du temps. Qu’ils puissent réellement l’apprécier, et pas seulement comme une musique de fond.
Nous annoncerons bientôt quelques dates en Europe, notamment en Suisse, et c’est l’une des prochaines étapes que nous attendons avec le plus d’impatience : aller à la rencontre de nos fans. Parce que, malgré tout ce qui peut arriver de négatif, être proches de nos fans est une joie immense, et c’est vraiment ce qui nous fait vivre.



