Dogma, Burning Witches, Accu§er, Exoto, Liv Sin, Temtris, Famyne, Aerdling, Aeonik
Molenhuis, Diest (BE)
Date 3 mai 2026
Chroniqueur Oli de Wacken
Photographe Paul Collin
https://www.hellevents.be/

Le Hell On Air n’a pas fait les choses à moitié en proposant, cette année, outre une pré-party le 30 avril assurée par le cover-band local Hurricane Season et une soirée DJ, la finale de l’Alcatraz Bash le 1er mai, dont le groupe vainqueur se produira à l’Alcatraz festival en août, et une journée du 2 mai consacrée à la crème des cover-bands, un dernier jour dont l’affiche nous a irrésistiblement attirés vers la salle de l’OC Meulenhuis, à Diest. C’est donc sur cette date du 3 mai que nous revenons en détail aujourd’hui.

Pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer, d’autant qu’elles ne présentent aucun intérêt pour vous, chers lecteurs, nous arriverons sur le lieu des festivités pour le concert de Temtris et sommes infiniment désolés de n’avoir pu assister aux prestations pourtant attendues d’Aeonik, Aerdling et Famyne. Ces derniers, notamment, nous ayant laissé une belle impression à l’écoute de leur second album, II: The Ground Below, sorti en 2022 chez Svart Records.

Temtris nous vient tout droit d’Australie pour délivrer son heavy metal directement inspiré de la scène US des années 80 et, au vu de la puissance vocale de la chanteuse Genevieve Rodda, des noms comme Chastain, épaulé durant la majeure partie de sa carrière par la formidable Leather Leone, viennent à l’esprit. Nous avons affaire à du heavy/speed US et non à du hair metal. La précision peut être utile lorsque l’on évoque la période sus-citée, bien que l’ambiguïté soit levée à l’énoncé du nom de Chastain. Temtris, donc, nous propose des titres composés et joués avec talent. Le look des musiciens, leur présence scénique et un peu de décorum, comme le pied de micro de Genevieve orné d’une double lame de hache, parachèvent l’ensemble des attributs qui font d’un concert de heavy metal un moment que l’on savoure. Pour terminer, comme cerise sur le gâteau, le groupe joue une reprise réussie d’Eagle Fly Free d’Helloween.

Avec Liv Sin, le registre n’est pas fondamentalement différent, même si quelques éléments un rien plus modernes apparaissent autour de certains riffs ou rythmiques. Éléments qui ne font d’ailleurs pas partie du paysage sonore propre à Sister Sin, l’autre formation de Liv Jagrell, réactivée depuis quelques années. Raison de plus pour apprécier Liv Sin comme une entité à part entière et non comme un Sister Sin bis, au sein duquel officieraient d’autres musiciens. Ceci dit, et sans que cela ne se veuille péjoratif à l’égard de Temtris, le metal de Liv Sin se veut plus dynamique dans son approche rythmique et la voix agressive de Liv renforce l’effet coup-de-poing qui constitue sa marque de fabrique. Côté prestation scénique aussi, Liv Jagrell laisse toute la concurrence loin derrière elle, tant elle déborde d’énergie. À part Doro Pesch, peu de chanteuses sont capables de livrer des performances du même niveau !

Place à Exoto, des vieux de la vieille de la scène thrash/death belge néerlandophone, dont le premier album, Carnival of Souls, remonte quand même à 1994. Quelle brutalité ! Pas de quartier ! Ils ont l’air franchement méchants, surtout Chris Meynen, le chanteur de toujours, qui fait office de taulier, avec une envie d’en découdre intacte. Si la musique, valable, ne nous transcende cependant pas, l’attitude, elle, est si authentique qu’elle nous laissera un souvenir inoubliable.

Assassin a été contraint d’annuler sa participation à cause de problèmes de santé d’un de ses membres. En remplacement, Accu§er, issu de la même série d’excellents groupes pourtant laissés pour compte de la première vague thrash allemande, assure une prestation remarquable. Pour autant que nous sachions, Accu§er n’est pas extrêmement actif sur le plan live, mais n’est pas rouillé pour autant. Il faut croire que les années de métier compensent le relatif manque d’entraînement. Ceci dit, si le groupe ne tourne pas intensivement, cela ne l’empêche pas d’avoir toujours été et de rester productif en studio, puisqu’il peut s’enorgueillir d’avoir publié, pas moins de treize albums studio entre 1987 et 2024, année de sortie du petit dernier en date, Rebirthless. Cela malgré une longue absence discographique entre 1995 et 2010 ! Les Allemands semblent d’ailleurs fiers de ce dernier opus, dont ils dégaineront plusieurs extraits, sans oublier quelques brûlots notables, tels que Who Dominates Who?, plage titulaire du deuxième album de 1989, et Cannibal Insanity, extrait de Diabolic (2013). Difficile de dire si nous avons gagné au change avec Accu§er à l’affiche en lieu et place d’Assassin, mais une chose est sûre : cette prestation fut totalement jouissive !

Burning Witches, qui ne cesse décidément d’enchaîner albums et tournées, délivre un show, parfaitement en place, comme on pouvait s’y attendre : la musique est solide, les musiciennes occupent l’espace scénique à la perfection, le plaisir de jouer est visible, de même que certaines marques de complicité entre les filles. En outre, Laura Guldemond, la chanteuse, se montre moins excessive dans ses mimiques démoniaques. On note un pic d’affluence durant la prestation de nos sorcières ; le public est ravi et décerne au groupe la palme du concert le plus plébiscité du jour. Le metal parfaitement manufacturé de Burning Witches semble être étudié pour plaire au plus grand nombre, mais son côté assez générique peut aussi laisser légèrement indifférent. Chacun se fera juge.

Le buzz qui entoure Dogma et les musiciennes grimées en nonnes satanico-lubriques avaient, sur le papier, le pouvoir de drainer les foules, et il est vrai que la formation rencontre un assez franc succès — bien qu’une partie du public quitte les lieux après le concert de Burning Witches. Nul ne sait si le groupe, dont les membres sont surtout les faire-valoirs d’une équipe de management, de songwriting et de production, perdurera. Cela étant, les musiciennes sont d’un fort bon niveau et assurent un show tel qu’on l’attend, enchaînant les poses et les titres accrocheurs. La force des compositions réside dans cet emballage sonore très cohérent dans lequel sont pourtant abordés différents genres : certains titres se rapprochant du hair metal, quelques phrasés rappelant le Kiss des années 80 ou Lordi, du metal plus speed et plus enlevé, quelques compositions évoquant Within Temptation sans les orchestrations, une voix par moments acidulée, typique des chanteuses pop, et de très bons soli de guitare. Tout cela est évidemment très préfabriqué mais, pour peu que l’on se laisse prendre au jeu, Dogma est très agréable à voir et à écouter en concert.

En fin de compte, nous aurons davantage apprécié d’autres groupes que les deux têtes d’affiche, qui n’ont cependant en rien démérité. Ainsi se clôt cette troisième édition du Hell On Air, à l’OC Molenhuis, un lieu très bien agencé, avec la salle de concert séparée d’un local de restauration et de sa terrasse, et d’une vaste zone accueillant un metal-market.