Préambule : suite à des soucis techniques, il n’a pas été possible de diffuser la vidéo de l’interview. Nous nous sommes donc rabattus sur la transcription capturée par téléphone.

Salut Gauthier, comment ça va ? Laurent et Marc de Metal Alliance, webzine metal francophone. Tout d’abord, merci de prendre un peu de ton temps pour discuter avec nous !

Gauthier : Avec plaisir.

Alors c’est la première fois que je viens au Westill et quand j’ai vu les groupes programmés cette année, je me suis dit : « mais ça a l’air excellent ce fest ! » Du coup, je suis là et ma toute première question sera donc : comment est né le Westill ?

Alors, à la base, il y a Émilien – qui est responsable bar depuis le début – et moi-même. On est amis d’enfance et on se connaît depuis nos trois ans. Quand on est gamin, on a des fois des idées un peu folles, et quand on était en sixième ou en cinquième, on a eu l’idée de faire un festival. Bon, on était jeune, mais on a quand même gardé cette idée dans un coin de notre tête. Et puis rendu à la fin de l’adolescence, on s’est dit : est-ce qu’on ne tenterait pas de lancer notre projet de festival ? On a concrétisé ça en 2016 avec la première édition du Westill – on avait dix-huit ans à l’époque – puis on a lancé la deuxième édition, et monté une asso par la suite. Il y a eu 87 personnes pour l’édition 2016 et de fil en aiguille, avec les contacts qu’on réussit à avoir, on a pu concrétiser tout ça et on en est là à l’heure actuelle.

Carrément la classe !

On est fier d’avoir réussi à concrétiser notre idée en tout cas.

J’ai une question toute bête, mais comment on prononce Westill ? C’est plutôt We Still ou West Hill ?

C’est West Hilll, entre nous on dit tous West Hill.

Ok et donc pourquoi ce nom ?

Alors, on était en soirée et comme on est vraiment fan de notre vignoble et de notre terroir, on voulait essayer d’amener du monde jusqu’ici, jusqu’à l’ouest. Mais il y a une faute d’anglais car, littéralement, on devrait dire Till West mais on voulait le faire en mode stylé. Du coup, ça a donné Westill.

Et c’est très bien comme ça. L’affiche de cette année est vraiment formidable et dans la salle Le Champilambart, j’ai pu voir les affiches des années précédentes qui étaient, elles aussi, tip-top. Comment avez-vous réussi à créer ce lien avec les groupes ?

C’est un processus de longue haleine. Forcément, à dix-huit ans on a des modèles comme le Hellfest ou le Motocultor et on s’attend en un claquement de doigts à être où on en est aujourd’hui. Mais la réalité du terrain, c’est que faire venir les artistes n’est pas qu’une question d’argent, c’est aussi une question de notoriété, entre guillemets et sans prétention de ma part. La première année, ça a moins bien marché qu’on s’y attendait, la deuxième année on a fait 50 % d’entrées en plus, mais 50 % de 87 spectateurs, c’est pas énorme. Néanmoins, on a pris des contacts, on a commencé à rencontrer des gens qui nous ont permis de rencontrer d’autres personnes et ça nous a permis de faire venir Stoned Jesus pour la troisième édition par exemple. Et Stoned Jesus – qui est un groupe d’importance – nous a permis de s’ouvrir sur autre chose. Post-Covid, on a commencé à prendre des risques financiers en faisant venir de plus grosses têtes d’affiche et, brique après brique, on en est arrivé à cette 9e édition. Il a fallu prouver au fil des ans qu’on était capable de faire venir des groupes de plus en plus gros, aussi bien d’un point de vue financier qu’en termes d’accueil. Et après c’est le bouche à oreille qui a fait que les groupes se sont intéressés au Westill. C’est pour ça qu’on met un point d’honneur à l’accueil des groupes, pour que les artistes se sentent à l’aise.

Le Westill est un festival quasi essentiellement stoner, était-ce un parti-pris dès le départ ou pas ?

Oui et non. En fait, à la base on a essayé de mixer nos goûts musicaux, le stoner pour Émilien et le death/thrash pour ma part. Mais on s’est assez vite rendu compte que mixer les deux, ça ne marchait pas vraiment : passer du death (par exemple) au stoner, ça ne le faisait pas du tout. On a fait ça sur les deux premières éditions et on est parti sur du full stoner à partir de la troisième car on s’est rendu compte qu’il y avait un public pour ça et qu’on a réussi à fidéliser, je pense, au fil des ans. Donc on se concentre sur le stoner, même si on s’ouvre un petit peu à d’autres styles comme Dvne qui est en train de jouer son post-metal/sludge maintenant. Mais on ne programmera pas un Napalm Death à la prochaine édition par exemple, y a les gars du Muscadeath qui font ça très bien !

Si je ne dis pas de bêtises, le festival est sold-out cette année. Est-ce que ça peut augurer d’une évolution du festival ?

À court terme non, parce qu’on atteint les limites du Champilambart en termes de place. On a forcément des pistes d’évolution, mais pas d’un point de vue augmentation de capacité de la salle. Mais l’année prochaine, ça sera les dix ans du fest. On a déjà des idées, que ça soit dans la scénographie ou dans la décoration, donc voilà, il n’y aura pas de changement drastique du genre on passera à trois scènes, ou sur quatre jours. On continuera à faire le fest sur deux jours, avec une seule scène. Mais on caresse le rêve de passer en open air un jour mais je ne sais pas quand ça arrivera.

Effectivement à la date où vous faites le festival (NDLR : fin octobre) l’open air n’est pas vraiment jouable, ou alors il faudrait le décaler nécessairement

Si on passait en open air, on changerait clairement de date. Mais là c’est vrai qu’on a l’énorme avantage d’avoir le Champilambart qui est modulable à souhait, avec un vrai espace restauration, un espace presse, un espace bénévole, un espace artiste, et un espace stockage et logistique. Donc faire de l’open air impliquerait aussi de faire sans tout ça. On verra.

En termes de programmation, j’imagine qu’il y a pas mal de boulot en amont qui est fait non ?

Là, ça fait deux mois que je l’ai commencé pour l’édition 2026. Donc je dirai qu’une programmation, ça se prépare quatorze mois à l’avance, entre les prises de contact, les acceptations, les refus. Là j’espère avoir finalisé la prog, grand max, pour mi-janvier.

Un truc que j’ai remarqué, c’est la qualité du son. C’est vraiment impeccable. Franchement, comme je te le disais, je ne connaissais pas le Champilambart et vraiment ça le fait bien, car le stoner c’est compliqué à sonoriser, surtout quand tu veux un rendu avec des basses ronflantes qui ne doivent pas noyer le reste.

C’était une très grosse piste d’amélioration. Il y a quelques années déjà, on avait pris des vrais professionnels du son alors qu’avant on le faisait un peu à notre sauce. Mais ces pros ne connaissaient pas le metal et ses spécificités. Donc depuis l’année dernière, et cette année également, on a pris des professionnels qui sont habitués au monde du metal qui savent comment ça doit « sonner » et comment le faire rapidement. C’est cool d’avoir un retour positif sur le son car il y a des années, on avait des retours très bons pour le fest mais assez mauvais sur la qualité du son. Donc maintenant on espère qu’on va contenter les anciens mécontents…

Eh bien franchement, c’était une super découverte, ce Westill ! On arrive à la fin de l’interview, est-ce que tu aurais quelque chose à dire, à partager avec les lecteurs de Metal Alliance ?

Là c’est moi qui parle mais je parle pour l’orga : je ne suis pas seul à gérer, loin de là, d’ailleurs sans les bénévoles ça ne fonctionnerait pas. On est dix responsables dix à travailler à l’année, pas à plein temps, mais à l’année quand même. C’est une consécration de voir que ça fait plaisir, que des gens viennent et apprécient le fest. Ça vaut largement les heures qu’on a passé à bosser là-dessus, ça ne nous rapporte rien, mis à part du plaisir personnel et de la satisfaction. Et ça nous suffit !

Merci encore Gauthier pour cet entretien. C’était super intéressant, et ravi d’avoir fait ta connaissance aussi.

Merci à toi aussi.