Castle Rat, Daevar
Cluv Volta, Cologne (DE)
Date 21 octobre 2025
Chroniqueur Oli de Wacken
Photographe Paul Collin
https://carlswerk-victoria.com/

En seulement deux albums, Into the Realm et The Bestiary, Castle Rat, emmené par la remarquable ─ dans tous les sens du terme ─ chanteuse/guitariste The Rat Queen (de son vrai nom Riley Pinkerton) a vu sa popularité grimper en flèche, et cette date au Club Volta de Cologne, d’une capacité de 450 places, fut sans doute l’une des dernières occasions de voir les New-Yorkais dans le cadre intime d’une petite salle. Une bonne raison de foncer chez nos amis germaniques.

En première partie, les régionaux de l’étape, Daevar, évoluent en terrain conquis. Le trio de Cologne, emmené par la chanteuse/bassiste Pardis Latifi, propose un stoner/doom classique et a visiblement attiré bon nombre de supporters locaux. Tous les goûts sont dans la nature et autant Paul, notre photographe, a globalement aimé le set, autant votre serviteur a trouvé la musique assez répétitive et manquant d’accroche ; en un mot, ennuyeuse. Surprenant aussi, le décalage entre l’attitude joyeuse ─ presque guillerette ─, souriante, très girly et poppy, de Pardis, et le ton sombre de la musique. Le groupe est sans doute ravi d’être là et de recevoir un retour enthousiaste du public, ce que l’on ne peut que comprendre. Qui plus est, il n’est certes pas obligatoire de tirer la gueule pour jouer du doom, mais afficher tant de bonne humeur peut sembler incongru. Bravo, cependant, pour l’intérêt suscité.

Ah, Castle Rat ! L’album Into the Realm avait laissé deviner qu’un passage de l’underground vers des sphères plus lumineuses était à prévoir, ce qui est en train de se réaliser grâce à The Bestiary et aux nombreux concerts qui ont jalonné l’année 2025. Ce groupe possède le petit plus indescriptible qui le distingue parmi le nombre impressionnant de concurrents officiant plus ou moins dans le même créneau et qui ne relève pas que de la présence très visuelle de The Rat Queen.

Au menu, un mélange équilibré d’extraits des deux albums, soutenu par une mise en scène où The Rat Queen, la belle Amazone, manie l’épée à tout-va, boit un calice de sang, combat le loup blanc et se fait trucider par… la Mort avant de ressusciter. Ces personnages sont paradoxalement interprétés par une figure féminine, la performeuse The Rat Reaperess (aka Madeline Wright). Le côté féminin et sexy de Castle Rat faisant indéniablement partie de sa marque de fabrique, ceci explique sans doute cela. On est évidemment sur de la série B plutôt que sur du blockbuster, mais ce côté kitsch assumé, comme on l’aime, sied particulièrement bien à l’univers de Castle Rat. Tout comme la voix de The Rat Queen, qui n’est pas sans rappeler celle d’autres chanteuses d’occult rock/doom metal. On pensera à Jinx Dawson (Coven), à Jennie-Ann Smith (Avatarium) ou encore à Johanna Platow (Lucifer).

Un petit couac survient lorsque The Rat Queen casse une corde de guitare et prend un certain temps pour réparer son instrument et le réaccorder. Les musiciens ne sont apparemment pas encore devenus des as de l’impro, répétant inlassablement les mêmes quelques notes, dos au public. On imagine le grand moment de solitude que tous ont dû ressentir, en particulier The Rat Queen, qui, chapeau, n’en laissera cependant rien paraître.

Ce moment de flottement sera vite oublié. La machine reprend comme si de rien n’était et Castle Rat finit de nous régaler de ses compos de heavy/doom épique baignant dans un agréable univers fantasy.

Avec plus d’une heure trois quarts de concert, Castle Rat ne se moque pas de ses fans et s’apprête à continuer son irrémédiable ascension en se plaçant à l’affiche de nombreux festivals en 2026. Vivement l’été prochain !